Vie qui surgit, crie puis s’insurge Tâtonne, rampe et s’élance S’infantilise, s’adolescence, s’adulte.
Vie qui travaille, gagne ou perd Consomme, cumule, déshérite Trie, pollue, recycle.
Vie qui dicte, trace, efface Tente, hésite et résiste Sauve, tue, parfois pardonne.
Vie qui grandit, vieillit, se racornit Se grippe, s’agrippe et s’effrite Se souvient, oublie, renie.
Vie qui s’éternise, se fatigue, s’épuise S’enterre ou brûle par les deux bouts Vies qui continuent.
Frédérique Guillaumat Co-fondatrice avec Mélissa Cadarsi, de F et M écriture créative.
🔸 Agitatrices de mots et de créativité, nous animons des ateliers d’écriture en ligne et en présentiel sur notre île, La Réunion. Nous publions également nos écrits sur notre blog.
🔸 Pour découvrir nos ateliers parfois gratuits, parfois payants, c’est par ici.
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Avec lui, j’en avais déjà vu des vertes et des pas mûres mais là, c’était le bouquet !
Je pensais très fort « Ne ris pas, Edith »… puis « Ne pleure pas, Edith ! ».
Il était si fier de lui en déposant le plat sur la table et en m’annonçant qu’il n’avait pas prévu d’entrée pour que nous puissions faire honneur au plat principal. C’était bien lui ça : direct au plat principal sans préliminaires !
Devinez quoi ? Non, vous ne devinerez jamais !
Il venait de déposer sur la table un gratin de choux de Bruxelles pour « nous rappeler notre merveilleux voyage de noces en Belgique, ma chérie… ».
Et là, direct, je suis revenue à mes années d’école primaire. Vous ne le saviez peut-être pas mais les choux de Bruxelles sont une fantastique machine à remonter le temps ! J’ai à nouveau senti les choux de Bruxelles tout mous, tous fades, à la couleur douteuse et verdâtre qu’on nous servait à la cantine. De pauvres choux surnageant dans une eau tiédasse.
Ce fut mon premier haut le coeur de la Saint Valentin ! Et puis notre merveilleux voyage de noces à Bruxelles, on peut en parler ! Trois visites à sa mère en quatre jours et de la pluie du matin au soir !
Bon, fais un effort Edith, c’est quand même la Saint Valentin !
🔸 J’ai écrit ce texte lors d’un atelier d’écriture en ligne animé en février 2022 par Mélissa. Je n’avais pas prévu de mettre mes sens sans dessus dessous avec les choux de Bruxelles, souvenirs de mes repas à la cantine ! Mais c’est ça toute la magie de l’écriture créative !
Une fois arrivée, toujours cette même émotion en franchissant la porte vitrée. Toujours la même sensation en s’enfonçant dans ce silence et cette douceur des pas feutrés une fois passé le comptoir d’accueil.
Sera-t-il là du côté des lettres R et S ? Ou près du présentoir des nouveautés ?
Elle se hisse sur la pointe des pieds pour attraper un roman. Ici aussi, l’injustice reprenait ses droits avec ces livres perchés en hauteur qui seront moins souvent choisis que ceux à portée de main. Quant à ceux s’ennuyant sur l’étagère du bas, ils tentent parfois d’attirer l’attention avec une couverture plus pimpante espérant être les heureux élus d’un lecteur suffisamment curieux pour se baisser jusque-là.
Elle avait appris à oser briser le silence en laissant échapper un roman de ses mains pour le faire tomber au sol. Elle espérait attirer l’attention de celui qui viendrait s’agenouiller pour lui tendre le briseur de silence. Mais jusqu’à ce jour encore, elle avait dû se résoudre à le ramasser elle-même parfois sous le regard réprobateur d’un lecteur agacé.
Elle parcourt les allées, s’attarde entre Bel Ami et Madame de Bovary.
Elle s’est assise, là, dans la section « revues » où elle tourne les pages d’un hebdomadaire économique choisi au hasard.
Elle voit cet homme entrer. Il est chargé d’une pile de livres… elle tente d’accrocher son sourire… avant d’entendre « papa » de la voix de l’enfant qui l’accompagne. Elle replonge dans les pages insipides et entrevoit la punaise rouge pointer son nez.
Et pourtant, Violette l’a lu dans un article avant de commencer sa quête. Et pourtant, Violette sait que les statistiques le confirment : « Une femme a huit fois plus de chance de rencontrer l’homme de sa vie dans le rayon électricité d’un magasin de bricolage qu’entre deux romans attendant sagement d’être lus sur les étagères d’une médiathèque de quartier ».
D’où Violette tenait-elle ce goût à faire mentir les statistiques ?
Quatrième et dernière partie de « Violette », nouvelle écrite par Frédérique Guillaumat en 2015. Les première, deuxième et troisième parties sont à retrouver sur : notre blog.
Un grand merci à Mélissa, Géraldine et Isabelle pour leur relecture bienveillante de Violette et leurs précieux conseils.
Frédérique, animatrice d’ateliers d’écriture et co-fondatrice de F et M, écriture créative, avec Mélissa, vous invite à découvrir l’offre d’ateliers d’écriture en ligne deF et M, écriture créative, cliquer ici.
La bouilloire chantait. Pendant un court instant, elle ne parvint pas à se lever. Son regard, son esprit tout entier était absorbé par le vol d’oiseaux migrateurs sur l’horizon qu’elle distinguait depuis la varangue malgré le jour finissant. Ses bagages étaient prêts, posés sur la première marche descendant vers l’allée. Le chauffeur était attendu pour dix-huit heures. Elle ne s’inquiétait pas. Même s’il était en retard, elle ne manquerait pas le bateau prévu seulement le surlendemain. Elle pourrait le jour suivant faire quelques derniers achats à la ville pour les cadeaux à offrir à ses hôtes. Elle s’amusait de ce choix cornélien : comment choisir un présent quand ceux à qui vous l’offrez ont tout ?
Sur la table basse en teck, dans un plateau de bambou, le service patientait. La bouilloire continuait son chuintement. Elle se leva enfin pour prendre dans la cuisine lle vieil ustensile avec un torchon de toile blanche. Précautionneusement, elle versa l’eau brûlante dans la théière, sur les feuilles de menthe et de verveine qu’elle avait cueillies l’après-midi. Elle en avait disposé dans ses valises également, entre les couches de vêtement, espérant capturer le parfum enivrant des jardins où elle avait été si heureuse.
Les feuilles tournoyaient, comme en pleine tempête dans la délicate porcelaine céladon. Elle observa cette danse et sourit repensant à cette anecdote que lui avait racontée son père sur le nom donné à l’apprêt de ce service à thé. L’air outré de sa mère lui revenait aussi. Elle était choquée que son mari puisse évoquer devant une si jeune fille des histoires d’amants trop énamourés, parfois qualifiés, comme la porcelaine ou sa couleur de « céladon ». Il lui avait rétorqué : « Ne vous rappelez-vous pas qu’à son âge, vous appréciez déjà bien mon caractère énamouré ? » Elle avait rougi. Et tous avaient éclaté de rire.
Les images de ce temps disparu s’évanouissaient tandis que les volutes poivrés de la menthe et doux de la verveine s’enfuyaient dans les alizées du soir par-delà de la varangue vers le jardin. La jeune femme se servit une tasse, s’assit, et de nouveau les yeux vers l’horizon pensa à ce Nouveau Monde qu’elle s’apprêtait à gagner, au terme de son voyage en bateau.
Retrouvez ce texte, lu par Mélissa en vidéo sur notre page Facebook : cliquez ici !
Un texte écrit par Mélissa pendant la première édition de l’atelier « Mots infusés », animé par Frédérique. Retrouvez notre programmation d’ateliers en ligne sur notre page « Nos ateliers« .
Ce jour-là, elle quittait ses murs, ses chiffres, son cahier et ses quatre couleurs. Les premières fois, elle avait fait les trajets à pieds. Depuis quelques temps, elle devait surmonter sa crainte des trains.
Le bruit des gares l’effrayait.
Sa maman disait que ce dégoût pour les « choses » ferroviaires lui venait de son arrière-grand-père, chef de gare, happé par un train soixante-quinze ans plus tôt sur un quai.
Elle n’aimait pas ces trains impatients, impitoyables au point de partir alors qu’un passager court encore au bout du quai.
Elle supportait difficilement ces annonces répétant inlassablement des chiffres : numéros de quai, de train, horaires, retards…
Assise dans une voiture toujours en couloir dans le sens de la marche, elle devait parfois subir des humeurs, des moments de vie avec ces anonymes.
« Allô, Papa ? »… émotion, fierté, inquiétude dans la voix… « Mélo est à la maternité. J’ai obtenu une permission de huit jours. Je suis dans le train. A la gare, je prends un taxi et je la rejoins. … Oui, je serai là-bas à temps … Oui, j’ai appelé Maman tout à l’heure … Oui, je te donne des nouvelles ».
Après l’appel qu’il vient de passer depuis son téléphone portable, chaque passager de la voiture douze du train soixante-seize mille deux cent huit a partagé l’intimité de cet homme bientôt papa.
« Nous arrivons dans quelques instants en gare de Toulouse. Avant de descendre de ce train, veillez à ne rien oublier à votre place… ».
Ni sac, ni valise, ni le chemin de la quête… ne rien oublier.
Troisième partie de « Violette », nouvelle écrite par Frédérique Guillaumat en 2015. Les première et deuxième parties sont à retrouver sur : notre blog.
Un grand merci à Mélissa, Géraldine et Isabelle pour leur relecture bienveillante de Violette et leurs précieux conseils.
Frédérique, animatrice d’ateliers d’écriture et co-fondatrice de F et M, écriture créative, avec Mélissa, vous invite à découvrir l’offre d’ateliers d’écriture en ligne deF et M, écriture créative, cliquer ici.
*photo : Francis Beddok, gare de Bordeaux en 2016. Les photos de Francis Beddok, ami et photographe amateur, sont à retrouver sur son blog ou sa page Facebook.
Hier soir, sur notre terrasse, dans la tiédeur des soirées de notre été austral, mon compagnon et moi avons mangé des oeufs à la coque accompagnés de mouillettes de pain tartinées de beurre salé.
Vous me direz sans doute que c’est un dîner plutôt ordinaire. Mais, pour moi, les oeufs à la coque ont avant tout la saveur de l’enfance.
Je me souviens des coquetiers dépareillés rangés dans le tiroir du buffet chez mes parents. Quelle joie que de mettre le couvert ces jours-là et de choisir mon coquetier ! Mon préféré était orné d’un poussin jaune qui portait un chapeau rose. Je le déposais délicatement dans mon assiette à côté de ma serviette de table, celle à carreaux bleus et blancs.
Je me souviens de mes soeurs et moi qui nous précipitions pour griller le pain, couper les mouillettes et les tartiner de beurre doux ou salé selon les goûts.
Je me souviens que je n’arrivais pas à résister à la tentation de déguster une ou deux mouillettes avant le repas.
Je me souviens de ce sablier en bois foncé qui décomptait le temps de la cuisson des oeufs ! Ce sable qui coulait trop lentement à notre goût… et les trois minutes (et pas une seconde de plus) qui nous semblaient une éternité tant nous avions hâte de tremper nos mouillettes ! Ce sable blanc et fin qui me faisait voyager en m’évoquant des plages paradisiaques.
Je me souviens du parfum de tendresse familiale de ces repas simples mais ô combien précieux.
🔸J’ai écrit ce texte ce matin grâce à mes oeufs à la coque d’hier soir qui m’ont ramenée en enfance et parce que j’aime déposer mes souvenirs sur du papier ou un clavier. J’ai choisi « Je me souviens » de Georges Pérec* pour m’inspirer.
🔸 Si comme moi, vous avez envie d’évoquer et d’écrire vos souvenirs, je vous propose d’être votre guide durant les ateliers autobiographiques en ligne que j’animerai à partir d’avril 2022. Animatrice d’ateliers d’écriture certifiée et expérimentée, je vous invite à découvrir mon offre d’ateliers par ici : Cycle ateliers autobiographiques « Collection de souvenirs ».
🔸 Si vous avez des questions sur le déroulement de ces ateliers, n’hésitez pas à me les poser en commentaire de cette publication et j’aurais plaisir à vous répondre.
Frédérique Guillaumat, co-fondatrice avec Mélissa Cadarsi, de F et M, écriture créative.
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Ses journées au travail dégoulinaient de chiffres à caser méticuleusement dans un plan comptable, de comptes à vérifier. Ses journées de travail dégoulinaient de monotonie.
Ses soirées avaient, elles, l’odeur de la mélancolie.
Ses nuits étaient peuplées de rêves à faire des infidélités aux chiffres.
Chaque matin, le réveil n’en devenait que plus cruel, lorsqu’était venu le moment de ré-ouvrir les yeux sur la réalité.
Seuls les moments passés en compagnie de son cahier et de son fidèle stylo à quatre couleurs venaient rompre le rythme de sa vie.
Puis arrivaient les jours où elle partait en quête.
Rituel immuable.
Chaque premier mardi du mois : choisir l’endroit à visiter. Consulter la liste, punaiser du bleu sur la carte de France, apprendre l’adresse par cœur. En effet, il était hors de question que le cahier et les quatre couleurs l’accompagnent. Elle y avait mûrement réfléchi huit ans plus tôt et elle ne pouvait prendre le risque de les égarer. Ils restaient là à l’abri des murs et du bruit du monde.
Venaient ensuite les jours d’attente à se répéter l’adresse pour se rassurer, à imaginer le lieu, à se demander si elle trouvera enfin là… à espérer enfin utiliser le vert, couleur de l’espoir.
Elle aimait la langue française qui permettait aux jours de tomber les uns après les autres… jusqu’au troisième samedi de chaque mois.
Deuxième partie de « Violette », nouvelle écrite par Frédérique Guillaumat en 2015. La première partie est à retrouver sur ce blog et la suite sera publiée dans quelques jours.
Un grand merci à Mélissa, Géraldine et Isabelle pour leur relecture bienveillante de Violette et leurs précieux conseils.
Frédérique, animatrice d’ateliers d’écriture et co-fondatrice de F et M, écriture créative, avec Mélissa, vous invite à découvrir l’offre d’ateliers d’écriture en ligne deF et M, écriture créative, cliquer ici.
Hier soir, Violette a tiré de la mine rouge, teintée d’un léger désespoir, un trait sur la quatre-vingt-quatrième ligne de sa liste.
Il faut que vous sachiez que le bleu est réservé aux noms. Le noir se charge des adresses. Quant au rouge, il a la lourde tâche de rayer… Quatre-vingt-quatre fois qu’il tire un trait sur un espoir.
Le vert patiente, patiemment. Il aura le privilège d’entourer la bonne ligne.
Allergique au clavier, elle « stylote » jour et nuit cette liste dans un cahier depuis bientôt huit ans. Méthodiquement, elle note un nom, elle note une adresse et elle tire des traits à l’aide de son compagnon à quatre couleurs.
De Jacques Brel à Simone de Beauvoir, la liste des noms s’allonge. Quant aux adresses, elle les trouve dans l’annuaire et les recopie consciencieusement.
Sur la carte jaunie scotchée sur un mur, quatre-vingt-quatre punaises noires pour les endroits déjà visités. Une punaise jaune pour le prochain lieu où scintille encore une lueur d’espoir.
Au côté de la carte, la solitude tapissait depuis longtemps les murs de l’appartement. Solitude rompue une fois l’an dernier. Seule cette femme venue la recenser avait franchi la porte. Recensement : des croix dans des cases. A métier, elle n’avait pas hésité : « chercheuse » avait-elle noté dans la catégorie « autres professions ». On compterait une comptable de moins dans la population française cette année-là. Fausser les statistiques l’amusait un peu et sa quête faisait d’elle une chercheuse avant tout.
Première partie de « Violette », nouvelle écrite par Frédérique Guillaumat en 2015.
La suite à découvrir dans quelques jours sur ce blog.
Un grand merci à Mélissa, Géraldine et Isabelle pour leur relecture bienveillante de Violette et leurs précieux conseils.
Frédérique et Mélissa, animatrices d’ateliers d’écriture et co-fondatrices de F et M, écriture créative, vous invitent à découvrir leur offre d’ateliers d’écriture en ligne :cliquer ici.
Elle savait qu’à chaque fois, elle prenait un risque.
Mais, deux ou trois fois par an, elle n’avait pas le choix et devait se rendre au village.
Là-bas, on la pensait différente, sans doute un peu folle mais on l’accueillait avec le sourire.
Ce matin, en partant, elle a rassuré Charlie : « je serai de retour avant la fin de la journée ». Il a miaulé puis est retourné dormir dans le hamac qui était devenu « le hamac de Charlie » au fil du temps.
Quatre heures de marche sur ce sentier en sous-bois puis en plaine… La rivière et son passage à gué puis de nouveau le sentier. Le chant des coqs et les aboiements des chiens annonçaient qu’on était proche. Restait la petite route qui menait à l’entrée du village.
Aujourd’hui, c’était pour s’approvisionner en bougies qu’elle venait là. Sans bougie, impossible de continuer à écrire à la tombée de la nuit et lors de ses insomnies. Cela faisait quelques années qu’en s’endormant chaque soir, elle espérait l’insomnie qui lui permettrait de coucher des mots sur le papier.
A l’entrée du village, l’église dont la cloche annonça 11 heures… Elle s’était déshabituée de l’heure depuis bien longtemps vivant au rythme du soleil et de la lune.
Elle croisa un inconnu, sans doute un touriste, avec son sac à dos et ses chaussures de marche.
« Tiens » se dit-elle « que fait mon chat sur son tee-shirt ?» sur lequel elle venait de lire en lettres blanches sur fond noir « Je suis Charlie ».
A la boutique où elle venait échanger quelques pots de miel contre des bougies, une affiche avec les mêmes mots. Sur le présentoir à journaux « Je suis Charlie » en première page du quotidien régional.
Du fond de la cuisine à l’arrière de la boutique arrivait l’écho d’un poste de télévision branché sur une chaîne d’info. Ces chaînes infernales qui déversent des flots d’informations, de faits divers comme coulerait le sang d’un monde blessé.
« Attentat, 12 morts, Charlie Hebdo »
Elle se boucha les oreilles avec ses deux mains.
Elle connaissait le risque… l’actualité l’avait rattrapée.
Texte écrit par Frédérique Guillaumat en 2015 lors d’un atelier d’écriturecréative.
Frédérique et Mélissa, animatrices d’ateliers d’écriture depuis plusieurs années, et co-fondatrices de F et M, écriture créative savent combien la créativité et les bulles créatives que sont leurs ateliers permettent de s’éloigner un moment du bruit du monde. Et combien cela fait du bien !
Pour découvrir l’offre d’ateliers d’écriture en ligne deF et M, écriture créative, cliquer ici.
Rouge fut le premier à oser traverser collines et vallées pour venir occuper l’endroit.
La colère l’avait poussé à cette longue et périlleuse marche après tant d’années à fulminer contre la terre entière.
Rouge était comme ça, toujours en colère. Un jour, il avait décidé de partir loin de tout cela, de s’exiler enfin seul dans cet endroit dont faisait mention un grimoire des temps anciens découvert dans la bibliothèque d’un artiste peintre.
Là, il espérait ne rencontrer âme qui vive.
Il choisit la ferme la plus proche des bois et la plus dévastée. Il commença à la retaper pierre par pierre, bardeau par bardeau. L’eau claire des minces ruisselets et les fruits des arbres lui suffisaient pour se nourrir. Après huit mois à cet endroit, il n’avait pas vu l’ombre d’un homme ou d’un animal.
Occupé du matin au soir à reconstruire, apaisé par la solitude, un matin il se réveilla… tout jaune. Il comprit que sa colère était tombée et que la lumière était venue la remplacer. Un peu perturbé au début, Rouge… enfin Jaune s’habitua à son nouvel état jusqu’au jour où arriva Bleue.
Il n’eut pas besoin de lui demander son nom. La couleur de sa peau parlait pour elle. Contrairement à toute attente, elle parvint à apprivoiser Jaune, chose qui aurait été impossible avec le Rouge qu’il était auparavant.
Peu bavarde, elle ne lui dévoila jamais les raisons de sa couleur mais son sourire revint au fil du temps. Jaune s’habitua à sa présence, partagea avec elle chaumière, ruisselets et fruits.
Les gens, nombreux, qui repeuplent aujourd’hui cette contrée racontent que c’est aux premiers revenus vivre sur cette terre que l’on doit la couleur du soleil, celle des ruisselets dans lequel il se reflète et le vert éclatant des arbres jadis si noirs.
Texte écrit en 2020 par Frédérique Guillaumat, co-fondatrice de F et M, écriture créative.
Ce texte a été écrit lors d’un atelier d’écriture créative à partir d’une proposition d’écriture sur le thème des émotions. Il a été écrit en 15 minutes et est publié ici sans avoir été retravaillé après l’atelier.
Si vous avez envie de déclencheurs d’inspiration et d’être guidé vers la magie de l’écriture créative, découvrez notre nouvel atelier en ligne que Frédérique a concocté pour vous et qu’elle animera le 6 novembre 2021 : atelier d’écriture Correspondance.
Nos ateliers se déroulent via Zoom, sont réservés à 6 participants maximum pour en préserver la convivialité et sont au tarif de 20 €.
Frédérique Guillaumat, co-fondatrice avec Mélissa Cadarsi, de F et M, écriture créative.
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