Le blog, Nos écrits

Finies, les vacances ?

blue city bike with black backpack on top

Ma petite mamie,

Les vacances sont bientôt terminées. Heureusement, car il n’y a plus de cerises sur les arbres et à cause de la pluie, M. Oulanbator ne veut plus sortir avec moi dans les champs. Et puis, je dois t’écrire mamie, que c’est beaucoup moins drôle depuis que tonton Bernard n’a plus son petit vélo dans la tête. Ne va pas croire mamie qu’il est tombé tout seul. A vrai dire, bien au contraire. Il avait beau la secouer d’avant en arrière, de droite à gauche, non il ne tombait pas.

Alors, avec M. Oulanbator, on a conçu un plan. J’ai dessiné des schémas et lui a dirigé les opérations. Pour te résumer, parce que c’est un peu compliqué pour toi mamie, il faut : un tournevis, deux dés à coudre de la même grosseur, et six cailloux du fond de la rivière mais surtout, surtout, une boîte vide de Quality Street.

Avec quelques manipulations d’ingénieur astronomique, tu poses le tout près de l’oreiller la nuit et le lendemain matin… Tonton Bernard s’est réveillé tout différent.

Il était tout calme et je voyais bien que ça faisait plaisir à maman. Elle a même appelé le docteur pour lui dire que ça avait fonctionné !

Mais mamie, finalement, j’aimais mieux quand tonton Bernard, il avait son petit vélo dans la tête. Il pouvait regarder le Tour de France sans le son avec le sourire, et même rire en essuyant les gouttes de pluie sur la vitre, ou en coiffant sa grosse tête chauve avec la brosse en poils de sanglier de maman. Alors que maintenant, il passe la journée assis, le pot de caramel au beurre salé sur l’accoudoir du fauteuil, et il ne trempe même pas son doigt dedans.

J’espère, mamie, que de ton côté tu continues à pédaler…

Gros bisous, Jo

Texte écrit par Mélissa Cadarsi en 2021 lors d’un atelier d’écriture autour d’un rare pot entre amis, semé d’insoupçonnables exploits.

Mélissa Cadarsi a eu envie de partager avec vous cette petite parenthèse pour la rentrée. Elle prend le stylo de plus en plus rarement mais heureusement, Frédérique Guillaumat est là pour garder la maison (la papeterie ?)…

En 2020, elles ont fondé, F et M, écriture créative afin de proposer une offre d’ateliers en ligne. Si vous avez envie de la retrouver, elle animera le prochain atelier en septembre 2021. Pour découvrir l’offre d’ateliers d’écriture en ligne de F et M, écriture créative, cliquer ici.

*photo libre de droits : @unsplash

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Tout était d’abord une histoire de chaussures…

Tout était d’abord une histoire de chaussures.

Ni Décathlon ou autre grande surface de sport dans les villes à cette époque, les années 1970. L’essayage, le choix et l’achat de chaussures de randonnée se faisaient dans cette boutique aux étagères en bois de cette petite ville de montagne, Guillestre, où nous avions posé tente de camping et bagages la veille.

La plus jeune récupérait les chaussures de la deuxième, la grande cédait ses chaussures à la cadette et il fallait chausser l’aînée que j’étais. Certaines années les chaussures n’ayant pas survécu à deux filles Guillaumat, la petite ressortait aussi  de la boutique chaussée de neuf.

Tout était aussi une histoire de gamelles. Cette dépense comme toutes celles de nos vacances, nous les devions à toutes les gamelles préparées par Maman et emportées par Papa. Les repas froids qu’il mangeait dans son camion le midi pendant que d’autres dépensaient leurs frais de route au restaurant, vous savez les « routiers » qu’on trouvait au bord des grandes nationales. Papa était heureux et fier de ces repas solitaires au cours desquels ses pensées l’emmenaient déjà vers nos prochaines vacances.

Tous ces frais épargnés semaine après semaine pour payer l’essence nécessaire à transporter une famille nombreuse de son plat pays normand à ces si jolies montagnes, pour la location d’un emplacement sur un terrain de camping… Quitter le temps d’un mois l’appartement des onze autres mois, chausser les enfants dont les pieds grandissent si vite…

Tout continuait par une histoire de limonade, pour son goût sucré et pétillant…

Cette limonade bien méritée après quelques heures de marche sur les sentiers… après ce pique-nique de saucisses grillées au bord d’un torrent où nous avions vainement tenté d’arrêter l’eau en construisant un barrage.

S’attabler à une table en bois à la terrasse de ce gîte de montagne, commander des boissons au goût d’exceptionnel, de vacances à la montagne.

Aujourd’hui, je sais exactement d’où me vient mon goût pour la Cot Citron*.

*marque de limonade réunionnaise

Texte écrit par Frédérique Guillaumat en 2014 lors d’un atelier d’écriture et dédié à ses parents qui lui ont appris le goût de la montagne, de l’exceptionnel et de la limonade.

Aujourd’hui, à 56 ans, Frédérique Guillaumat continue à marcher sur les sentiers. Depuis 20 ans, elle vit à La Réunion et c’est sur son île qu’elle pratique la randonnée. Elle aime écrire les souvenirs précieux de son enfance et a fait de sa passion pour l’écriture son métier. Depuis 7 ans, elle anime des ateliers d’écriture créative pour les plus jeunes et les plus grands.

En 2020, elle a fondé, avec Mélissa Cadarsi, F et M, écriture créative afin de proposer une offre d’ateliers en ligne. Si vous avez envie de la retrouver, elle animera le prochain atelier en septembre 2021. Pour découvrir l’offre d’ateliers d’écriture en ligne de F et M, écriture créative, cliquer ici.

*photo libre de droits : @Pixabay.

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A… comme Arbre

Les arbres s’élancent à l’assaut du ciel. Bravant béton et sécheresse, ils plantent leur racines puissantes profondément dans le sol jusqu’à accrocher le basalte. Gris sur brun, à les regarder, on les croirait faits du même sang. Au sol, les rares herbes se débattent pour trouver de l’eau. Un paysage désolé et soudain troublé. Du ciel lourd, de larges gouttes tombent. Espacées les unes des autres, elles descendent dans une verticalité parfaite pour venir s’étaler sur le sol, sur la pierre, sur le bois. Des taches apparaissent et finissent par se confondre. Un temps, les matières absorbent la pluie. Assoiffées, elles semblent se gorger sans fin. Quand l’averse s’arrête le ciel redevient clair en quelques minutes seulement. Un soleil de plomb vient heurter le paysage. Tout étincelle de reflets, de lumière. Le jour pourtant est sur le point de tomber. Mais il semble comme suspendu à un fil, attendant un signal pour décliner.

Le chien est trempé. Ses poils collés à sa peau le font plus maigre qu’il ne l’est déjà. Il secoue son corps pour se sécher puis va se désaltérer à la flaque d’eau là-bas, seul souvenir de l’averse. Au village, où il s’est parfois risqué, on le dit « errant » ou « pelé »… On le chasse à coups de pierres et de bâton. Peu lui importe, il se sait le gardien de ce lieu désolé et aime cette solitude faite de béton et de sécheresse. Il joue un moment avec les derniers reflets du soleil sur le mur puis s’assoit là, à l’ombre de cet arbre, et attend la fin du jour.

Texte écrit, à quatre mains, lors d’un atelier d’écriture en octobre 2014 par Frédérique et Mélissa, heureuses co-fondatrices de F et M, écriture créative. En s’inspirant d’une photo* prise sur le site du Lazaret, à la Grande Chaloupe, à La Réunion, Mélissa a planté le décor et l’atmosphère avant que Frédérique ne mette en scène le chien.

*photo : Frédérique Guillaumat.

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‘Dentelles’, un écrit de Mélissa Cadarsi

Dans l’allée centrale de la Cathédrale de Saint-Denis, Célia s’avançait vers l’autel. Un splendide plastron de dentelle laissait entrevoir sa peau diaphane. Les jours délicats de l’ouvrage soulignaient ses traits fins et son cou gracile. Souriante et fière. Rien dans son allure ne détonnait. Dans son cœur, résonnaient des R chantants.

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