Le blog, Nos écrits

Le galet

Le soleil rasait la mer calme. Assis sur la dune, l’homme regardait les éclats de lumière qui tanguaient doucement.

Le temps se rafraichissait peu à peu, mais il ne devait pas tarder trouver un abri. Il marchait depuis l’aube. Son outre d’eau était à moitié vide. L’étendue salée devant lui, tordait son ventre d’envie. Sa bouche était sèche mais il ne pouvait se permettre de boire encore. Quelques jours plus tôt, il avait terminé son eau avant d’en avoir trouvé de nouveau. Il avait souffert une journée sans boire. Une journée sans même voir un arbre, un brin d’herbe. Et bien sûr, pas un ruisseau, ni une mare. Même les bêtes s’étaient faites rares.

Alors que les derniers rayons dressaient leurs lignes claires, il se leva et marcha. Il était à découvert et n’avait peur ni des loups ni des autres hommes, il pouvait les voir venir à des kilomètres. Sous ses pieds, au travers de ses vieilles semelles, même les grains de sable lui étaient pénibles, frottant la plante rendue sensible par des mois de course. Les pierres pénétraient presque sa chair. Quand il prenait le temps de se laver, il voyait cette peau racornie, bleue par endroits et blessée. Il y avait si longtemps… qu’il n’avait pas vu d’autre pied, d’autre homme, d’autre femme. Il se souvenait à peine de ce qu’était une peau saine, une peau douce, une peau amoureuse. Il savait juste ce qu’était la survie.

Il était à bout de force, sur le point de se coucher à même le sol, même sans abri quand son pied heurta un galet. Un galet de la taille de sa main. Il le saisit. Il était lisse et froid. Et lourd. Il s’aperçut, à la clarté de la lune que sur la surface blanche étaient écrits quelques mots d’une écriture maladroite, peinte. Il savait encore lire, même s’il n’était pas sûr de pouvoir encore parler. En les déchiffrant, son cœur se brisa, ramenant des souvenirs trop vifs et l’homme tomba, mort de chagrin.

pluie intermittente
dans le hamac abandonné
une odeur de pin

Angèle Lux

Mélissa a écrit ce texte pendant le troisième atelier de son cycle « Les 5 sens, sens dessus-dessous ». La proposition invitait à imaginer comment un personnage trouvait un galet sur lequel était inscrit le haïku cité à la fin du texte. Ce haïku est extrait d’une sélection sur le site de l’association française du haïku à retrouver en cliquant ici .

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Feuille de papier toilettes, ticket de caisse ou marque-page ?

Et vous, que glissez-vous entre les pages de vos livres pour ponctuer vos lectures ? Une feuille de papier toilettes 😉 (ça m’arrive…), un joli marque-page, le ticket de caisse des dernières courses 🛒 ? N’hésitez pas à nous en parler en commentaire de cet article !

Roman historique ou d’amour, polar, BD, le dernier Picsou Magazine ou livre de cuisine japonaise, quel plaisir de glisser un marque-page entre les pages d’un livre ! Pour retrouver l’histoire au moment précis où on l’a quittée, retrouver sa recette préférée… ou tout simplement ne pas laisser son livre seul en attendant de s’y plonger à nouveau.

Récemment j’ai mêlé le travail à l’agréable – comme très souvent – et, munie de papier, de ciseaux et d’un pot de colle, j’ai créé les marque-pages de la photo pour les offrir aux participants du club de lecture que j’anime chaque mois dans une bibliothèque de La Réunion – où je vis.

Sur chaque marque-page, un extrait de deux livres coups de coeur : « Les Huit Montagnes » de Paolo Cognetti (Stock – 2017) et « Une anglaise à bicyclette » de Didier Decoin (Stock – 2011).

J’aime offrir et recevoir des cadeaux qui sentent bon la créativité, le temps qu’on y a consacré et la colle fraîche. Je vous parlai récemment ici du merveilleux cadeau offert par une amie précieuse.

Et puisqu’on parle cadeau, savez-vous que vous pouvez jouer jusqu’au 6 octobre 2022 pour gagner votre place dans les trois ateliers du prochain cycle d’ateliers d’écriture que j’aurai le plaisir d’animer en octobre, novembre et décembre 2022 ? Un cadeau d’une valeur de 55 € et je vous dis tout par ici.

Frédérique Guillaumat, heureuse co-fondatrice avec Mélissa Cadarsi, de F et M, écriture créative.

Merci de m’avoir lue. Je vous invite à me suivre sur les chemins de notre offre d’ateliers d’écriture créative en ligne ou en présentiel.

Pour nous retrouver sur les réseaux sociaux : * Notre page Facebook – **Notre groupe privé L’instant Plume, écriture créative

📷 Photo : Frédérique Guillaumat

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Il y a des cadeaux

Il y a des cadeaux faits de patience

Des cadeaux à la saveur de la créativité

Des cadeaux au goût du temps passé

Des cadeaux qui nous touchent droit au coeur

Des cadeaux à la senteur du papier jauni et de la colle

Des cadeaux qui coûtent si peu mais comptent tant

Des cadeaux dans lesquels les amitiés éternelles aiment à se glisser entre chaque page

Des cadeaux qui nous laissent sans voix

Des cadeaux que l’on conservera précieusement… toujours

Des cadeaux précieux tout simplement.

Merci à Géraldine, amie précieuse, pour son cadeau.

Frédérique Guillaumat, heureuse co-fondatrice avec Mélissa Cadarsi, de F et M, écriture créative.

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📷 Photo : Frédérique Guillaumat

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Roupette et chapeaux

Cher Jean-Eudes,

Si tu trouves cette lettre, c’est que le notaire t’a trouvé. Je n’ai pas eu envie de la lui confier. Il s’occupe déjà de toute ma vie, de ma maigre fortune à prix d’or, alors cette lettre-là… ni timbre postal, ni taxe fiscale, tu la trouves ou elle ne sera jamais lue.

Je ne sais pas trop ce qui m’a emporté. Si c’est ma chute, une infection quelconque ou l’ennui mortel à la maison de vieux où on m’a mis ensuite. J’ai préféré régler toutes mes affaires avant. Quand je suis tombé ce jour-là… les pompiers étaient en route, je me suis douté que je ne reviendrai plus.

J’espère que tu as pensé trouver une lettre d’amour en voyant le cœur rouge. Comme tu te doutes, on en est loin ! J’avais le choix entre te léguer mes petites affaires et cette maison qui tombe en miettes ou la filer à l’Etat ou je ne sais quelle bonne œuvre qui s’en met plein les poches. Alors, j’ai choisi, et j’ai pensé au paquet d’emmerdes que je te laisserai avec. Et je me suis dit : ça lui fera les pieds à ce petit malotru ! Ah, tu faisais le malin quand t’étais petit, à mettre du Ching-gum dans mes chaussures… Ben voilà… T’es coincé avec mon home sweet home de traviole les escaliers qui grincent et mon mobilier vintage ! Tu trouveras au rez-de chaussé une superbe table branlante au plateau mangé par les mites. Quatre chaises aux sièges bien rêches. Un vieux fauteuil garni avec mes pets et d’autres petites merveilles dont même Emmaüs refusera de te débarrasser.

Quant à l’étage… dis-toi bien que l’émission « C’est du propre » a refusé ma candidature… alors, t’as qu’à y aller pour voir ! Et t’avise pas de tout faire cramer pour toucher l’assurance. J’ai laissé deux ou trois bonbonnes de gaz ici et là. Si tu allumes la moindre roupette c’est le village qui saute !

Bien à toi mon Jean-Eude, salue pas ta mère… On sait tous qu’elle a fait mon fiston cocu autant que la reine d’Angleterre a de chapeaux !

Pépé

Mélissa a écrit cette lettre en réponse à une proposition d’écriture de Frédérique lors de son atelier « Explorer », en août 2022. Dans la proposition, une image montrait une enveloppe (avec un cœur donc) abandonnée dans l’entrée d’une maison ouverte au pied d’un escalier…

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Oignons verts et mariage

Sur les chemins de la vie, le mariage.

Le mariage et son bouquet que la mariée jette aux invitées.

Certaines se précipitent pour le récupérer et, comme le veut la tradition, se marier dans l’année.

Certaines cachent leurs mains derrière leur dos pour ne pas céder à la tentation.

Certaines sont déjà loin, près du buffet une coupe de champagne à la main.

Le mariage dont on rêve ou pas.

Le mariage que l’on fait ou pas.

Le mariage qu’on prépare pendant des mois ou pas.

Le mariage pour lequel on s’endette ou pas.

Le mariage auquel on sera témoin ou pas.

Le mariage ou les mariages de sa vie, ou pas.

Et ce couple de mariés en sucre qui trône sur la pièce montée et qui fondra instantanément dans la bouche d’un enfant sage tout à l’heure.

Ou ce couple de mariés en plastique qui trône sur cette autre pièce montée. Ils ont opté pour le plastique parce qu’ils ont trop souvent entendu dire « Allez jouer sous la pluie les enfants, vous n’êtes pas en sucre ! ». Ce couple plastifié qui trônera ensuite pendant des années sur le buffet de la salle à manger et déteindra au fil du temps.

Je me suis mariée un jour de mai, dans une autre vie. Je portai un tailleur pantalon rouge et monsieur le maire cherchait une mariée vêtue d’une robe blanche parmi les invités.

Je me suis mariée un jour de mai, dans une autre vie. Et j’ai repensé à ce jour-là récemment en prenant une photo des fleurs d’oignons verts semés dans mon jardin. J’ai trouvé qu’elles ressemblaient à un bouquet de mariée !

Allez savoir pourquoi !

Les chemins de la vie et de l’écriture créative sont parfois impénétrables.

Frédérique Guillaumat, heureuse co-fondatrice avec Mélissa Cadarsi, de F et M, écriture créative.

Merci de m’avoir suivie jusqu’ici et d’avoir lu mes élucubrations teintées de fleurs d’oignons verts. Si vous avez envie de continuer la balade, suivez-moi sur les chemins de notre offre d’ateliers d’écriture créative en ligne ou en présentiel.

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📷 Photo : Frédérique Guillaumat dans son jardin à La Réunion.

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Explorer

Poème collectif écrit pendant un atelier d’écriture créative

Explorer un fjord en été puis un grain de sable délavé.

Explorer l’immensité des étoiles, allongée dans l’herbe glacée puis les étincelles dans les yeux des enfants avides d’astronomie et de mythes anciens.

Explorer l’immensité du ciel puis la fourmi très occupée à transporter un morceau d’herbe jaunie.

Explorer les steppes lointaines puis le petit trèfle à quatre feuilles qui me sourit au jardin.

Explorer un dictionnaire très épais puis la signification du mot joie.

Explorer l’insondable amour pour son enfant, né en même temps que lui puis chaque seconde de la vie passée à ses côtés.

Explorer l’horizon en bord de mer puis une minuscule étoile de mer gisant dans un trou d’eau.

Explorer le champ des possibles puis le pépin lisse et doux de cette orange péi.

Explorer un séquoia géant puis la petite parcelle de mousse sous le caillou vibrant.

Explorer la beauté du monde puis dessiner du bout du doigt les motifs d’un pétale d’orchidée.

Explorer la cime du cyprès ondulant puis une goutte de rosée déposée sur une herbe folle.

Explorer le musée du Louvre une nuit de clair de Lune puis l’iris de l’œil de Mona Lisa.

Explorer le bout du monde puis les recoins oubliés de son cœur.

Carole, Danielle, Mélissa et Frédérique.

Poème écrit, ensemble, lors de l’atelier d’écriture créative F et M « Eplorer » animé par Frédérique en août 2022.

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Frédérique Guillaumat, co-fondatrice avec Mélissa Cadarsi, de F et M, écriture créative.

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Au fil du temps…

Vie qui surgit, crie puis s’insurge
Tâtonne, rampe et s’élance
S’infantilise, s’adolescence, s’adulte.

Vie qui travaille, gagne ou perd
Consomme, cumule, déshérite
Trie, pollue, recycle.

Vie qui dicte, trace, efface
Tente, hésite et résiste
Sauve, tue, parfois pardonne.

Vie qui grandit, vieillit, se racornit
Se grippe, s’agrippe et s’effrite
Se souvient, oublie, renie.

Vie qui s’éternise, se fatigue, s’épuise
S’enterre ou brûle par les deux bouts
Vies qui continuent.

Frédérique Guillaumat
Co-fondatrice avec Mélissa Cadarsi, de F et M écriture créative.

🔸 Agitatrices de mots et de créativité, nous animons des ateliers d’écriture en ligne et en présentiel sur notre île, La Réunion. Nous publions également nos écrits sur notre blog.

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Saint Valentin : haut les coeurs !

Avec lui, j’en avais déjà vu des vertes et des pas mûres mais là, c’était le bouquet !

Je pensais très fort « Ne ris pas, Edith »… puis « Ne pleure pas, Edith ! ».

Il était si fier de lui en déposant le plat sur la table et en m’annonçant qu’il n’avait pas prévu d’entrée pour que nous puissions faire honneur au plat principal. C’était bien lui ça : direct au plat principal sans préliminaires !

Devinez quoi ? Non, vous ne devinerez jamais !

Il venait de déposer sur la table un gratin de choux de Bruxelles pour « nous rappeler notre merveilleux voyage de noces en Belgique, ma chérie… ».

Et là, direct, je suis revenue à mes années d’école primaire. Vous ne le saviez peut-être pas mais les choux de Bruxelles sont une fantastique machine à remonter le temps ! J’ai à nouveau senti les choux de Bruxelles tout mous, tous fades, à la couleur douteuse et verdâtre qu’on nous servait à la cantine. De pauvres choux surnageant dans une eau tiédasse.

Ce fut mon premier haut le coeur de la Saint Valentin ! Et puis notre merveilleux voyage de noces à Bruxelles, on peut en parler ! Trois visites à sa mère en quatre jours et de la pluie du matin au soir !

Bon, fais un effort Edith, c’est quand même la Saint Valentin !

🔸 J’ai écrit ce texte lors d’un atelier d’écriture en ligne animé en février 2022 par Mélissa. Je n’avais pas prévu de mettre mes sens sans dessus dessous avec les choux de Bruxelles, souvenirs de mes repas à la cantine ! Mais c’est ça toute la magie de l’écriture créative !

🔸 Si comme moi, vous avez envie d’agiter les mots et votre créativité, découvrez nos ateliers d’écriture en ligne et en présentiel à La Réunion.

Frédérique Guillaumat, co-fondatrice avec Mélissa Cadarsi, de F et M, écriture créative.

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Violette – 4/4

L’endroit n’était jamais bien loin de la gare.

Une fois arrivée, toujours cette même émotion en franchissant la porte vitrée. Toujours la même sensation en s’enfonçant dans ce silence et cette douceur des pas feutrés une fois passé le comptoir d’accueil.

Sera-t-il là du côté des lettres R et S ? Ou près du présentoir des nouveautés ?

Elle se hisse sur la pointe des pieds pour attraper un roman. Ici aussi, l’injustice reprenait ses droits avec ces livres perchés en hauteur qui seront moins souvent choisis que ceux à portée de main. Quant à ceux s’ennuyant sur l’étagère du bas, ils tentent parfois d’attirer l’attention avec une couverture plus pimpante espérant être les heureux élus d’un lecteur suffisamment curieux pour se baisser jusque-là.

Elle avait appris à oser briser le silence en laissant échapper un roman de ses mains pour le faire tomber au sol. Elle espérait attirer l’attention de celui qui viendrait s’agenouiller pour lui tendre le briseur de silence. Mais jusqu’à ce jour encore, elle avait dû se résoudre à le ramasser elle-même parfois sous le regard réprobateur d’un lecteur agacé.

Elle parcourt les allées, s’attarde entre Bel Ami et Madame de Bovary.

Elle s’est assise, là, dans la section « revues » où elle tourne les pages d’un hebdomadaire économique choisi au hasard. 

Elle voit cet homme entrer. Il est chargé d’une pile de livres… elle tente d’accrocher son sourire… avant d’entendre « papa » de la voix de l’enfant qui l’accompagne. Elle replonge dans les pages insipides et entrevoit la punaise rouge pointer son nez.

Et pourtant, Violette l’a lu dans un article avant de commencer sa quête. Et pourtant, Violette sait que les statistiques le confirment : « Une femme a huit fois plus de chance de rencontrer l’homme de sa vie dans le rayon électricité d’un magasin de bricolage qu’entre deux romans attendant sagement d’être lus sur les étagères d’une médiathèque de quartier ».

D’où Violette tenait-elle ce goût à faire mentir les statistiques ?

Quatrième et dernière partie de « Violette », nouvelle écrite par Frédérique Guillaumat en 2015. Les première, deuxième et troisième parties sont à retrouver sur : notre blog.

Un grand merci à Mélissa, Géraldine et Isabelle pour leur relecture bienveillante de Violette et leurs précieux conseils.

Frédérique, animatrice d’ateliers d’écriture et co-fondatrice de F et M, écriture créative, avec Mélissa, vous invite à découvrir l’offre d’ateliers d’écriture en ligne de F et M, écriture créative, cliquer ici.

*photo libre de droits @Pixabay

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Couleur menthe verveine

La bouilloire chantait. Pendant un court instant, elle ne parvint pas à se lever. Son regard, son esprit tout entier était absorbé par le vol d’oiseaux migrateurs sur l’horizon qu’elle distinguait depuis la varangue malgré le jour finissant. Ses bagages étaient prêts, posés sur la première marche descendant vers l’allée. Le chauffeur était attendu pour dix-huit heures. Elle ne s’inquiétait pas. Même s’il était en retard, elle ne manquerait pas le bateau prévu seulement le surlendemain. Elle pourrait le jour suivant faire quelques derniers achats à la ville pour les cadeaux à offrir à ses hôtes. Elle s’amusait de ce choix cornélien : comment choisir un présent quand ceux à qui vous l’offrez ont tout ?

Sur la table basse en teck, dans un plateau de bambou, le service patientait. La bouilloire continuait son chuintement. Elle se leva enfin pour prendre dans la cuisine lle vieil ustensile avec un torchon de toile blanche. Précautionneusement, elle versa l’eau brûlante dans la théière, sur les feuilles de menthe et de verveine qu’elle avait cueillies l’après-midi. Elle en avait disposé dans ses valises également, entre les couches de vêtement, espérant capturer le parfum enivrant des jardins où elle avait été si heureuse.

Les feuilles tournoyaient, comme en pleine tempête dans la délicate porcelaine céladon. Elle observa cette danse et sourit repensant à cette anecdote que lui avait racontée son père sur le nom donné à l’apprêt de ce service à thé. L’air outré de sa mère lui revenait aussi. Elle était choquée que son mari puisse évoquer devant une si jeune fille des histoires d’amants trop énamourés, parfois qualifiés, comme la porcelaine ou sa couleur de « céladon ». Il lui avait rétorqué : « Ne vous rappelez-vous pas qu’à son âge, vous appréciez déjà bien mon caractère énamouré ? » Elle avait rougi. Et tous avaient éclaté de rire.

Les images de ce temps disparu s’évanouissaient tandis que les volutes poivrés de la menthe et doux de la verveine s’enfuyaient dans les alizées du soir par-delà de la varangue vers le jardin. La jeune femme se servit une tasse, s’assit, et de nouveau les yeux vers l’horizon pensa à ce Nouveau Monde qu’elle s’apprêtait à gagner, au terme de son voyage en bateau.

Retrouvez ce texte, lu par Mélissa en vidéo sur notre page Facebook : cliquez ici !

Un texte écrit par Mélissa pendant la première édition de l’atelier « Mots infusés », animé par Frédérique. Retrouvez notre programmation d’ateliers en ligne sur notre page « Nos ateliers« .