Le blog, Nos écrits

Violette – 3/4

Ce jour-là, elle quittait ses murs, ses chiffres, son cahier et ses quatre couleurs. Les premières fois, elle avait fait les trajets à pieds. Depuis quelques temps, elle devait surmonter sa crainte des trains.

Le bruit des gares l’effrayait.

Sa maman disait que ce dégoût pour les « choses » ferroviaires lui venait de son arrière-grand-père, chef de gare, happé par un train soixante-quinze ans plus tôt sur un quai.

Elle n’aimait pas ces trains impatients, impitoyables au point de partir alors qu’un passager court encore au bout du quai.

Elle supportait difficilement ces annonces répétant inlassablement des chiffres : numéros de quai, de train, horaires, retards…

Assise dans une voiture toujours en couloir dans le sens de la marche, elle devait parfois subir des humeurs, des moments de vie avec ces anonymes.

 « Allô, Papa ? »… émotion, fierté, inquiétude dans la voix… « Mélo est à la maternité. J’ai obtenu une permission de huit jours. Je suis dans le train. A la gare, je prends un taxi et je la rejoins. … Oui, je serai là-bas à temps … Oui, j’ai appelé Maman tout à l’heure … Oui, je te donne des nouvelles ».

Après l’appel qu’il vient de passer depuis son téléphone portable, chaque passager de la voiture douze du train soixante-seize mille deux cent huit a partagé l’intimité de cet homme bientôt papa. 

 « Nous arrivons dans quelques instants en gare de Toulouse. Avant de descendre de ce train, veillez à ne rien oublier à votre place… ».

Ni sac, ni valise, ni le chemin de la quête… ne rien oublier.

Troisième partie de « Violette », nouvelle écrite par Frédérique Guillaumat en 2015. Les première et deuxième parties sont à retrouver sur : notre blog.

Un grand merci à Mélissa, Géraldine et Isabelle pour leur relecture bienveillante de Violette et leurs précieux conseils.

Frédérique, animatrice d’ateliers d’écriture et co-fondatrice de F et M, écriture créative, avec Mélissa, vous invite à découvrir l’offre d’ateliers d’écriture en ligne de F et M, écriture créative, cliquer ici.

*photo : Francis Beddok, gare de Bordeaux en 2016. Les photos de Francis Beddok, ami et photographe amateur, sont à retrouver sur son blog ou sa page Facebook.

Le blog, Mots à tout va, Nos écrits

Hier soir, j’ai mangé des oeufs à la coque…

Hier soir, sur notre terrasse, dans la tiédeur des soirées de notre été austral, mon compagnon et moi avons mangé des oeufs à la coque accompagnés de mouillettes de pain tartinées de beurre salé.

Vous me direz sans doute que c’est un dîner plutôt ordinaire. Mais, pour moi, les oeufs à la coque ont avant tout la saveur de l’enfance.

Je me souviens des coquetiers dépareillés rangés dans le tiroir du buffet chez mes parents. Quelle joie que de mettre le couvert ces jours-là et de choisir mon coquetier ! Mon préféré était orné d’un poussin jaune qui portait un chapeau rose. Je le déposais délicatement dans mon assiette à côté de ma serviette de table, celle à carreaux bleus et blancs.

Je me souviens de mes soeurs et moi qui nous précipitions pour griller le pain, couper les mouillettes et les tartiner de beurre doux ou salé selon les goûts.

Je me souviens que je n’arrivais pas à résister à la tentation de déguster une ou deux mouillettes avant le repas.

Je me souviens de ce sablier en bois foncé qui décomptait le temps de la cuisson des oeufs ! Ce sable qui coulait trop lentement à notre goût… et les trois minutes (et pas une seconde de plus) qui nous semblaient une éternité tant nous avions hâte de tremper nos mouillettes ! Ce sable blanc et fin qui me faisait voyager en m’évoquant des plages paradisiaques.

Je me souviens du parfum de tendresse familiale de ces repas simples mais ô combien précieux.

🔸J’ai écrit ce texte ce matin grâce à mes oeufs à la coque d’hier soir qui m’ont ramenée en enfance et parce que j’aime déposer mes souvenirs sur du papier ou un clavier. J’ai choisi « Je me souviens » de Georges Pérec* pour m’inspirer.

🔸 Si comme moi, vous avez envie d’évoquer et d’écrire vos souvenirs, je vous propose d’être votre guide durant les ateliers autobiographiques en ligne que j’animerai à partir d’avril 2022. Animatrice d’ateliers d’écriture certifiée et expérimentée, je vous invite à découvrir mon offre d’ateliers par ici : Cycle ateliers autobiographiques « Collection de souvenirs ».

🔸 Si vous avez des questions sur le déroulement de ces ateliers, n’hésitez pas à me les poser en commentaire de cette publication et j’aurais plaisir à vous répondre.

Frédérique Guillaumat, co-fondatrice avec Mélissa Cadarsi, de F et M, écriture créative.

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📷 Frédérique Guillaumat, oeufs à la coque un soir d’été austral.

* « Je me souviens » est un recueil de brides de souvenirs, de Georges Perec publié en 1978 aux éditions Hachette.

Le blog, Nos écrits

Violette – 2/4

Ses journées au travail dégoulinaient de chiffres à caser méticuleusement dans un plan comptable, de comptes à vérifier. Ses journées de travail dégoulinaient de monotonie.

Ses soirées avaient, elles, l’odeur de la mélancolie.

Ses nuits étaient peuplées de rêves à faire des infidélités aux chiffres.

Chaque matin, le réveil n’en devenait que plus cruel, lorsqu’était venu le moment de ré-ouvrir les yeux sur la réalité.

Seuls les moments passés en compagnie de son cahier et de son fidèle stylo à quatre couleurs venaient rompre le rythme de sa vie.

Puis arrivaient les jours où elle partait en quête. 

Rituel immuable.

Chaque premier mardi du mois : choisir l’endroit à visiter. Consulter la liste, punaiser du bleu sur la carte de France, apprendre l’adresse par cœur. En effet, il était hors de question que le cahier et les quatre couleurs l’accompagnent. Elle y avait mûrement réfléchi huit ans plus tôt et elle ne pouvait prendre le risque de les égarer. Ils restaient là à l’abri des murs et du bruit du monde.

Venaient ensuite les jours d’attente à se répéter l’adresse pour se rassurer, à imaginer le lieu, à se demander si elle trouvera enfin là… à espérer enfin utiliser le vert, couleur de l’espoir.

Elle aimait la langue française qui permettait aux jours de tomber les uns après les autres… jusqu’au troisième samedi de chaque mois.

Deuxième partie de « Violette », nouvelle écrite par Frédérique Guillaumat en 2015. La première partie est à retrouver sur ce blog et la suite sera publiée dans quelques jours.

Un grand merci à Mélissa, Géraldine et Isabelle pour leur relecture bienveillante de Violette et leurs précieux conseils.

Frédérique, animatrice d’ateliers d’écriture et co-fondatrice de F et M, écriture créative, avec Mélissa, vous invite à découvrir l’offre d’ateliers d’écriture en ligne de F et M, écriture créative, cliquer ici.

*photo libre de droits @Pixabay

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Violette – 1/4

Hier soir, Violette a tiré de la mine rouge, teintée d’un léger désespoir, un trait sur la quatre-vingt-quatrième ligne de sa liste.

Il faut que vous sachiez que le bleu est réservé aux noms. Le noir se charge des adresses. Quant au rouge, il a la lourde tâche de rayer… Quatre-vingt-quatre fois qu’il tire un trait sur un espoir. 

Le vert patiente, patiemment. Il aura le privilège d’entourer la bonne ligne.

Allergique au clavier, elle « stylote » jour et nuit cette liste dans un cahier depuis bientôt huit ans. Méthodiquement, elle note un nom, elle note une adresse et elle tire des traits à l’aide de son compagnon à quatre couleurs.

De Jacques Brel à Simone de Beauvoir, la liste des noms s’allonge. Quant aux adresses, elle les trouve dans l’annuaire et les recopie consciencieusement.

Sur la carte jaunie scotchée sur un mur, quatre-vingt-quatre punaises noires pour les endroits déjà visités. Une punaise jaune pour le prochain lieu où scintille encore une lueur d’espoir.

Au côté de la carte, la solitude tapissait depuis longtemps les murs de l’appartement. Solitude rompue une fois l’an dernier. Seule cette femme venue la recenser avait franchi la porte. Recensement : des croix dans des cases. A métier, elle n’avait pas hésité : « chercheuse » avait-elle noté dans la catégorie « autres professions ». On compterait une comptable de moins dans la population française cette année-là. Fausser les statistiques l’amusait un peu et sa quête faisait d’elle une chercheuse avant tout.

Première partie de « Violette », nouvelle écrite par Frédérique Guillaumat en 2015.

La suite à découvrir dans quelques jours sur ce blog.

Un grand merci à Mélissa, Géraldine et Isabelle pour leur relecture bienveillante de Violette et leurs précieux conseils.

Frédérique et Mélissa, animatrices d’ateliers d’écriture et co-fondatrices de F et M, écriture créative, vous invitent à découvrir leur offre d’ateliers d’écriture en ligne : cliquer ici.

*photo libre de droits : @Pixabay.

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Le risque

Elle savait qu’à chaque fois, elle prenait un risque.

Mais, deux ou trois fois par an, elle n’avait pas le choix et devait se rendre au village.

Là-bas, on la pensait différente, sans doute un peu folle mais on l’accueillait avec le sourire.

Ce matin, en partant, elle a rassuré Charlie : « je serai de retour avant la fin de la journée ». Il a miaulé puis est retourné dormir dans le hamac qui était devenu « le hamac de Charlie » au fil du temps.

Quatre heures de marche sur ce sentier en sous-bois puis en plaine… La rivière et son passage à gué puis de nouveau le sentier. Le chant des coqs et les aboiements des chiens annonçaient qu’on était proche. Restait la petite route qui menait à l’entrée du village.

Aujourd’hui, c’était pour s’approvisionner en bougies qu’elle venait là. Sans bougie, impossible de continuer à écrire à la tombée de la nuit et lors de ses insomnies. Cela faisait quelques années qu’en s’endormant chaque soir, elle espérait l’insomnie qui lui permettrait de coucher des mots sur le papier.

A l’entrée du village, l’église dont la cloche annonça 11 heures… Elle s’était déshabituée de l’heure depuis bien longtemps vivant au rythme du soleil et de la lune.

Elle croisa un inconnu, sans doute un touriste, avec son sac à dos et ses chaussures de marche.

« Tiens » se dit-elle « que fait mon chat sur son tee-shirt ?» sur lequel elle venait de lire en lettres blanches sur fond noir « Je suis Charlie ».

A la boutique où elle venait échanger quelques pots de miel contre des bougies, une affiche avec les mêmes mots. Sur le présentoir à journaux « Je suis Charlie » en première page du quotidien régional.

Du fond de la cuisine à l’arrière de la boutique arrivait l’écho d’un poste de télévision branché sur une chaîne d’info. Ces chaînes infernales qui déversent des flots d’informations, de faits divers comme coulerait le sang d’un monde blessé.

« Attentat, 12 morts, Charlie Hebdo »

Elle se boucha les oreilles avec ses deux mains.

Elle connaissait le risque… l’actualité l’avait rattrapée.

Texte écrit par Frédérique Guillaumat en 2015 lors d’un atelier d’écriture créative.

Frédérique et Mélissa, animatrices d’ateliers d’écriture depuis plusieurs années, et co-fondatrices de F et M, écriture créative savent combien la créativité et les bulles créatives que sont leurs ateliers permettent de s’éloigner un moment du bruit du monde. Et combien cela fait du bien !

Pour découvrir l’offre d’ateliers d’écriture en ligne de F et M, écriture créative, cliquer ici.

*photo libre de droits : @Pixabay.

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Les gens d’autrefois s’en sont allés

Les gens d’autrefois s’en sont allés.

Rouge fut le premier à oser traverser collines et vallées pour venir occuper l’endroit.

La colère l’avait poussé à cette longue et périlleuse marche après tant d’années à fulminer contre la terre entière.

Rouge était comme ça, toujours en colère. Un jour, il avait décidé de partir loin de tout cela, de s’exiler enfin seul dans cet endroit dont faisait mention un grimoire des temps anciens découvert dans la bibliothèque d’un artiste peintre.

Là, il espérait ne rencontrer âme qui vive.

Il choisit la ferme la plus proche des bois et la plus dévastée. Il commença à la retaper pierre par pierre, bardeau par bardeau. L’eau claire des minces ruisselets et les fruits des arbres lui suffisaient pour se nourrir. Après huit mois à cet endroit, il n’avait pas vu l’ombre d’un homme ou d’un animal.

Occupé du matin au soir à reconstruire, apaisé par la solitude, un matin il se réveilla… tout jaune. Il comprit que sa colère était tombée et que la lumière était venue la remplacer. Un peu perturbé au début, Rouge… enfin Jaune s’habitua à son nouvel état jusqu’au jour où arriva Bleue.

Il n’eut pas besoin de lui demander son nom. La couleur de sa peau parlait pour elle. Contrairement à toute attente, elle parvint à apprivoiser Jaune, chose qui aurait été impossible avec le Rouge qu’il était auparavant.

Peu bavarde, elle ne lui dévoila jamais les raisons de sa couleur mais son sourire revint au fil du temps. Jaune s’habitua à sa présence, partagea avec elle chaumière, ruisselets et fruits.

Les gens, nombreux, qui repeuplent aujourd’hui cette contrée racontent que c’est aux premiers revenus vivre sur cette terre que l’on doit la couleur du soleil, celle des ruisselets dans lequel il se reflète et le vert éclatant des arbres jadis si noirs.

Texte écrit en 2020 par Frédérique Guillaumat, co-fondatrice de F et M, écriture créative.

Ce texte a été écrit lors d’un atelier d’écriture créative à partir d’une proposition d’écriture sur le thème des émotions. Il a été écrit en 15 minutes et est publié ici sans avoir été retravaillé après l’atelier.

Si vous avez envie de déclencheurs d’inspiration et d’être guidé vers la magie de l’écriture créative, découvrez notre nouvel atelier en ligne que Frédérique a concocté pour vous et qu’elle animera le 6 novembre 2021 : atelier d’écriture Correspondance.

Nos ateliers se déroulent via Zoom, sont réservés à 6 participants maximum pour en préserver la convivialité et sont au tarif de 20 €.

Frédérique Guillaumat, co-fondatrice avec Mélissa Cadarsi, de F et M, écriture créative.

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Photo libre de droits @Pixabay.

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Finies, les vacances ?

blue city bike with black backpack on top

Ma petite mamie,

Les vacances sont bientôt terminées. Heureusement, car il n’y a plus de cerises sur les arbres et à cause de la pluie, M. Oulanbator ne veut plus sortir avec moi dans les champs. Et puis, je dois t’écrire mamie, que c’est beaucoup moins drôle depuis que tonton Bernard n’a plus son petit vélo dans la tête. Ne va pas croire mamie qu’il est tombé tout seul. A vrai dire, bien au contraire. Il avait beau la secouer d’avant en arrière, de droite à gauche, non il ne tombait pas.

Alors, avec M. Oulanbator, on a conçu un plan. J’ai dessiné des schémas et lui a dirigé les opérations. Pour te résumer, parce que c’est un peu compliqué pour toi mamie, il faut : un tournevis, deux dés à coudre de la même grosseur, et six cailloux du fond de la rivière mais surtout, surtout, une boîte vide de Quality Street.

Avec quelques manipulations d’ingénieur astronomique, tu poses le tout près de l’oreiller la nuit et le lendemain matin… Tonton Bernard s’est réveillé tout différent.

Il était tout calme et je voyais bien que ça faisait plaisir à maman. Elle a même appelé le docteur pour lui dire que ça avait fonctionné !

Mais mamie, finalement, j’aimais mieux quand tonton Bernard, il avait son petit vélo dans la tête. Il pouvait regarder le Tour de France sans le son avec le sourire, et même rire en essuyant les gouttes de pluie sur la vitre, ou en coiffant sa grosse tête chauve avec la brosse en poils de sanglier de maman. Alors que maintenant, il passe la journée assis, le pot de caramel au beurre salé sur l’accoudoir du fauteuil, et il ne trempe même pas son doigt dedans.

J’espère, mamie, que de ton côté tu continues à pédaler…

Gros bisous, Jo

Texte écrit par Mélissa Cadarsi en 2021 lors d’un atelier d’écriture autour d’un rare pot entre amis, semé d’insoupçonnables exploits.

Mélissa Cadarsi a eu envie de partager avec vous cette petite parenthèse pour la rentrée. Elle prend le stylo de plus en plus rarement mais heureusement, Frédérique Guillaumat est là pour garder la maison (la papeterie ?)…

En 2020, elles ont fondé, F et M, écriture créative afin de proposer une offre d’ateliers en ligne. Si vous avez envie de la retrouver, elle animera le prochain atelier en septembre 2021. Pour découvrir l’offre d’ateliers d’écriture en ligne de F et M, écriture créative, cliquer ici.

*photo libre de droits : @unsplash

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Tout était d’abord une histoire de chaussures…

Tout était d’abord une histoire de chaussures.

Ni Décathlon ou autre grande surface de sport dans les villes à cette époque, les années 1970. L’essayage, le choix et l’achat de chaussures de randonnée se faisaient dans cette boutique aux étagères en bois de cette petite ville de montagne, Guillestre, où nous avions posé tente de camping et bagages la veille.

La plus jeune récupérait les chaussures de la deuxième, la grande cédait ses chaussures à la cadette et il fallait chausser l’aînée que j’étais. Certaines années les chaussures n’ayant pas survécu à deux filles Guillaumat, la petite ressortait aussi  de la boutique chaussée de neuf.

Tout était aussi une histoire de gamelles. Cette dépense comme toutes celles de nos vacances, nous les devions à toutes les gamelles préparées par Maman et emportées par Papa. Les repas froids qu’il mangeait dans son camion le midi pendant que d’autres dépensaient leurs frais de route au restaurant, vous savez les « routiers » qu’on trouvait au bord des grandes nationales. Papa était heureux et fier de ces repas solitaires au cours desquels ses pensées l’emmenaient déjà vers nos prochaines vacances.

Tous ces frais épargnés semaine après semaine pour payer l’essence nécessaire à transporter une famille nombreuse de son plat pays normand à ces si jolies montagnes, pour la location d’un emplacement sur un terrain de camping… Quitter le temps d’un mois l’appartement des onze autres mois, chausser les enfants dont les pieds grandissent si vite…

Tout continuait par une histoire de limonade, pour son goût sucré et pétillant…

Cette limonade bien méritée après quelques heures de marche sur les sentiers… après ce pique-nique de saucisses grillées au bord d’un torrent où nous avions vainement tenté d’arrêter l’eau en construisant un barrage.

S’attabler à une table en bois à la terrasse de ce gîte de montagne, commander des boissons au goût d’exceptionnel, de vacances à la montagne.

Aujourd’hui, je sais exactement d’où me vient mon goût pour la Cot Citron*.

*marque de limonade réunionnaise

Texte écrit par Frédérique Guillaumat en 2014 lors d’un atelier d’écriture et dédié à ses parents qui lui ont appris le goût de la montagne, de l’exceptionnel et de la limonade.

Aujourd’hui, à 56 ans, Frédérique Guillaumat continue à marcher sur les sentiers. Depuis 20 ans, elle vit à La Réunion et c’est sur son île qu’elle pratique la randonnée. Elle aime écrire les souvenirs précieux de son enfance et a fait de sa passion pour l’écriture son métier. Depuis 7 ans, elle anime des ateliers d’écriture créative pour les plus jeunes et les plus grands.

En 2020, elle a fondé, avec Mélissa Cadarsi, F et M, écriture créative afin de proposer une offre d’ateliers en ligne. Si vous avez envie de la retrouver, elle animera le prochain atelier en septembre 2021. Pour découvrir l’offre d’ateliers d’écriture en ligne de F et M, écriture créative, cliquer ici.

*photo libre de droits : @Pixabay.

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A… comme Arbre

Les arbres s’élancent à l’assaut du ciel. Bravant béton et sécheresse, ils plantent leur racines puissantes profondément dans le sol jusqu’à accrocher le basalte. Gris sur brun, à les regarder, on les croirait faits du même sang. Au sol, les rares herbes se débattent pour trouver de l’eau. Un paysage désolé et soudain troublé. Du ciel lourd, de larges gouttes tombent. Espacées les unes des autres, elles descendent dans une verticalité parfaite pour venir s’étaler sur le sol, sur la pierre, sur le bois. Des taches apparaissent et finissent par se confondre. Un temps, les matières absorbent la pluie. Assoiffées, elles semblent se gorger sans fin. Quand l’averse s’arrête le ciel redevient clair en quelques minutes seulement. Un soleil de plomb vient heurter le paysage. Tout étincelle de reflets, de lumière. Le jour pourtant est sur le point de tomber. Mais il semble comme suspendu à un fil, attendant un signal pour décliner.

Le chien est trempé. Ses poils collés à sa peau le font plus maigre qu’il ne l’est déjà. Il secoue son corps pour se sécher puis va se désaltérer à la flaque d’eau là-bas, seul souvenir de l’averse. Au village, où il s’est parfois risqué, on le dit « errant » ou « pelé »… On le chasse à coups de pierres et de bâton. Peu lui importe, il se sait le gardien de ce lieu désolé et aime cette solitude faite de béton et de sécheresse. Il joue un moment avec les derniers reflets du soleil sur le mur puis s’assoit là, à l’ombre de cet arbre, et attend la fin du jour.

Texte écrit, à quatre mains, lors d’un atelier d’écriture en octobre 2014 par Frédérique et Mélissa, heureuses co-fondatrices de F et M, écriture créative. En s’inspirant d’une photo* prise sur le site du Lazaret, à la Grande Chaloupe, à La Réunion, Mélissa a planté le décor et l’atmosphère avant que Frédérique ne mette en scène le chien.

*photo : Frédérique Guillaumat.

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‘Dentelles’, un écrit de Mélissa Cadarsi

Dans l’allée centrale de la Cathédrale de Saint-Denis, Célia s’avançait vers l’autel. Un splendide plastron de dentelle laissait entrevoir sa peau diaphane. Les jours délicats de l’ouvrage soulignaient ses traits fins et son cou gracile. Souriante et fière. Rien dans son allure ne détonnait. Dans son cœur, résonnaient des R chantants.

Lire la suite « ‘Dentelles’, un écrit de Mélissa Cadarsi »