Le blog, Nos écrits, Mots à tout va

Le meilleur !

Tous les jours, Jiro quittait l’autre côté de la rivière. Il devait aller à l’école.

« Y pretan que c’est obligatoire » lui avait rapporté son tonton la boutik.

Un mardi, il se réveilla au septième chant du coq et prit un raccourci pour arriver à l’heure à l’école.

« Y pretan qu’il faut être ponctuel lui disait son tonton la boutik, toujours là un peu l’ouverture de la boutik Henri ».

Sur le chemin du raccourci, un parfum vint chatouiller les narines de Jiro. Effluves chocolatés comme jamais il n’en avait sentis.

« Y pretan qu’il y avait là une chocolaterie » lui apprit son tonton la boutik.

A cause de cela, Jiro décida fermement d’aller à l’école tous les jours et se tint à cette décision pendant dix longues années.

Jusqu’à ce que finalement son tonton la boutik raconte partout « y pretan que mon couillon de neveu est le meilleur chocolatier de l’île ».

✒️ Frédérique Guillaumat, 2026.

En janvier 2026, j’ai eu le plaisir de participer à un atelier d’écriture « Palabres Nouvelles » animé par Mélissa Cadarsi, le « M » de F et M et d’écrire ce texte en hommage aux ouvriers qui ont travaillé le chocolat Le Meilleur à La Réunion de 1900 à 1946 dans la fabrique de chocolat qui se trouvait dans le quartier du Bas de la Rivière à Saint-Denis.

Atelier au format un peu différent car étaient présents des habitués de nos ateliers et des jeunes du quartier du Bas de la Rivière participant au projet « Zèn Zarboutan » – jeunes passeurs d’histoires.

« Zèn Zarboutan » est un projet de l’association Pti Colibri – 📍 Bas de la Rivière – Saint-Denis à La Réunion – 🌿 Et si nos jeunes devenaient les ambassadeurs de notre mémoire ouvrière du quartier ?

L’association anime un projet destiné à des jeunes de 11 à 17 ans mêlant histoire, patrimoine et création musicale ! Église, fontaine, chocolaterie, canal, rhumerie… Les jeunes explorent les lieux emblématiques du quartier, guidés par des historiens et artistes passionnés. 🎤📚. Recherches, témoignages, visites, et… une œuvre musicale collective présentée pour les Journées Européennes du Patrimoine 2026 ! ✨ Une aventure humaine, historique et artistique à laquelle Frédérique et Mélissa ont eu la joie de mettre leur petite touche d’écriture créative.

Pour découvrir l’association Pti Colibri : https://www.pticolibri.re/

✒️ Agitatrices de mots et de créativité, Frédérique et Mélissa animent des ateliers d’écriture créative depuis plusieurs années sur leur île, à La Réunion. Retrouvez ici le programme des ateliers 2026 : https://fetm-ecriturecreative.fr/2026/01/09/palabres-nouvelles-nos-ateliers-decriture-en-2026/

✒️ Vous pouvez suivre Frédérique sur ses pages Lindekin ou Facebook.

Photo 1 : Bas de la Rivière – Frédérique Guillaumat / Photo 2 : image d’archive.

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Et vous, d’où venez-vous ?

Aujourd’hui, c’est le pas feutré de la directrice. Un rien m’emporte à nouveau là-bas. Le sifflement de la bouilloire, le goutte à goutte du robinet du lavabo, le tic-tac de la pendule.

Surgit alors l’odeur du bois, rassurante. Le chêne vivant de l’escalier murmurant ou criant à chaque marche selon qu’on le monte en catimini ou qu’on le dégringole.

Dès leur entrée par effraction dans la maison, je m’étais tapie dans la cache sous l’escalier obéissant instinctivement au dernier conseil de notre cher absent. Se cacher dès qu’ils reviendront sans me préoccuper de ma mère et de mon frère.

Escalier de bois
Sa cachette secrète
Vite ! à l’abri.

Puis résonnent à nouveau leurs pas sur le carrelage noir et blanc de l’entrée. Le gémissement de la porte du couloir quand on l’ouvre sans précaution et les protestations de maman.

Jamais la maison n’a été si bruyante. Du claquement des portes des placards de la cuisine au ballet bien réglé des percussions quand se fracassent sur le sol, pêle-mêle, assiettes, verres, bols, tasses, soucoupes, saladier, soupière, pichet. Enfin le tintement des casseroles, de la grande poêle à frire et de la cafetière en fer blanc rebondissant sur les pavés.

La valse entrainante des chaises dans la salle à manger, la chute des livres de la bibliothèque dans le salon, le fracas des lits qu’on retourne.

Fouillée, saccagée
Souillée du sol au plafond
Maison dévastée.

Isolée dans ma cachette, je rêve de ces retours de promenades où l’on apercevait de loin la maison. Comme une évidence. Je me souviens de ce moment où chacun franchissait le seuil avec certitude.

J’aperçois à nouveau notre cher absent fabriquer ce placard sous l’escalier devinant le pire. Dans quel recoin de la maison a-t-il caché les tracts que ces hommes sont venus chercher ?

Fidèle gardienne
Double cloison au grenier
Mines bredouilles*.

« Maisson »
« Te souviens-tu, Dariya, de la règle d’orthographe de la lettre « s » située entre deux voyelles qui se prononce comme le « z » ? ». Dariya lève la tête vers le panneau qu’on voit depuis la salle de classe, et qu’elle ne sait pas encore déchiffrer, indiquant « Foyer de la Croix-Rouge ». Elle se concentre à nouveau sur son cahier pour lire « maison ».

Maison incendiée
Fuir jusqu’à l’épuisement
Refuge, ailleurs.

* Les souvenirs de Dariya ont été traduits de sa langue maternelle en français pour le confort des lecteurs.

En septembre 2024, j’ai eu le plaisir de participer à l’atelier d’écriture « Des lignes en ligne » animé par Hélène Chardonnet et proposé par le réseau de lecture publique de la Cinor. « Et vous, d’où venez-vous » était le fil rouge de cet atelier. Je vous invite à découvrir les textes des autres participants : https://lecturepublique.cinor.org/iguana/www.main.cls?sUrl=contributions-participants

✒️ Frédérique Guillaumat

✒️ Agitatrices de mots et de créativité, Frédérique et Mélissa animent des ateliers d’écriture créative depuis plusieurs années sur leur île, à La Réunion. N’hésitez pas à les rejoindre sur leur groupe privé Facebook L’Instant Plume pour retrouver leurs propositions créatives et y participer.

✒️ Vous pouvez suivre Frédérique sur ses pages Lindekin ou Facebook.

📷 libre de droits @Pixabay.

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A l’envers, à l’endroit

Lire le recueil

Fin 2022, il prit à Mélissa une lubie. Chaque mois, avec un peu moins d’exactitude que la lune, Mélissa écrivit, cette année-là, un texte court, avec un nombre précis de mots… 365, on vous le donne en mille. Vous trouvez qu’il commence à y avoir trop de chiffres sur ce blog dédié aux mots, aux histoires et à la créativité ? Rassurez-vous, cela s’arrête ici ! car les textes de Mélissa parlent de nous, au plus intime, juste avant la nudité…

Quatrième de couverture :

Prendre vite fait le premier T-shirt venu. Enfiler un short. Choisir avec soin une robe pour un événement attendu. Offrir un vêtement que l’on a porté. Acheter à la dernière minute un foulard pour mémé. Que disent de nous nos vêtements ? Comment dissimulent-ils, subliment-ils ou enchantent-ils nos corps, nos histoires, nos souvenirs ? 

Cette création peut être découverte sous forme de livrets suspendus ou sous forme d’un ouvrage.

En janvier 2024, Mélissa a eu l’opportunité d’exposer ses textes et dessins à la Bibliothèque Alain Lorraine lors de la nuit de la lecture. Aujourd’hui, elle vous propose de découvrir l’ensemble des textes en ligne : cliquez ici.

✒️ Mélissa Cadarsi

✒️ Agitatrices de mots et de créativité, Frédérique et Mélissa animent des ateliers d’écriture créative depuis plusieurs années sur leur île, à La Réunion.

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Mélissa Cadarsi publiée dans « Gong », Revue de l’AFH, Oct-Déc 2024

En 2024, Mélissa a franchi le pas et adhéré à l Ass. Francophone de Haïku (AFH) grâce à Monique Merabet, autrice et poétesse réunionnaise. Elle a pratiqué régulièrement cet art qui lui tient à cœur :
– lecture de haïkus de maîtres
– lecture de haïkus amateurs sur les groupes Facebook Votre Haïku du moment !!Haïku du jourLes haïjins de nos régions
– tenue d’un livret d’inspiration où elle recopie précieusement ses poèmes miniature préférés
– écriture et partage sous différentes formes.

Grâce à son adhésion, Mélissa reçois « Gong », la revue trimestrielle de l’ Ass. Francophone de Haïku : certains diraient que c’est passé de mode une revue papier. Mais c’est une vraie joie pour elle de recevoir autre chose que des factures dans la boite aux lettres, de le lire tranquillement et de constituer une collection de livres et revues de poésie!

Ainsi donc… quelle ne fut pas sa surprise de voir son haïku publié dans la rubrique « Le Haïku en ligne » :

 

« Plumetis grisés
Au-dessus des champs de canne
S’envoleront-ils ? »
Mélissa Cadarsi 🌸, juin 2024

 

Ci-dessous, la version avec le dessin d’illustration et le texte d’accompagnement, la revue et la mini-blibiothèque de poésie, qui ne demande qu’à grandir !

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Toutes les infos sur la revue sur le site de l’AFH : cliquez ici.

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G A Ï A

G A Ï A

A force de lignes imaginaires
Tatouées sur ma croûte

G A Ï

A force d’inven « taire »
Concasseurs à mâchoires, fossiles épuisés

G A

A force d’actes notariés
Marchandages de lopins de terre

G

A force d’hors-sol
Fades et blêmes pitances

G A

« Secoue-toi ma fille » ! 
Frissonnement, tremblement, éruption
Fi des longitudes, latitudes et autres frontières

G A Ï

Viens-là, belle et douce Zorya
Nage jusqu’à la rive
Te réfugier sur cette Terre qui n’est qu’une désormais

G A Ï A

Le cœur rouge ébréché
Zorya pose un pied sur la Terre craquelée
« Gaïa », seul mot qui tourne dans sa tête encore cabossée.

Frédérique GUILLAUMAT
Poème paru dans FanMzine #2-La terre, revue de création littéraire et visuelle – Novembre 2024

Le n° 2 de FanMzine est sorti en novembre 2024 grâce au travail de Julie Legrand, éditrice – ADPV Productions. Le lancement de la revue a eu lieu mi-décembre à l’ombre des arbres de Zou, boutik à lire à l’Eperon, en présence de Julie Legrand et d’une quinzaine des 32 contributrices, autrices, illustratrices, artistes visuelles et céramistes.

En bonus, le sourire éclatant de Julie Legrand, éditrice de FanMzine,
le jour du lancement de la revue à la boutique à lire à Zou.

Frédérique et Mélissa, co-fondatrices de F et M écriture créative, vous racontent leur processus de création lors de l’écriture de leurs textes pour la revue.

Vous pourrez vous procurer FanMzine #2 dans les libraires réunionnaises ou grâce à un achat en ligne. Nous vous invitons à lire la chronique littéraire de Lindsay Hardy-Mussard « Une revue féministe à offrir » et l’article de Julien Delarue : FanMzine, 32 autrices réunies autour du féminisme et de l’écologie.

✒️ Frédérique Guillaumat

✒️ Agitatrices de mots et de créativité, Frédérique et Mélissa animent des ateliers d’écriture créative depuis plusieurs années sur leur île, à La Réunion. N’hésitez pas à les rejoindre sur leur groupe privé Facebook L’Instant Plume pour retrouver leurs propositions créatives et y participer.

✒️ Vous pouvez suivre Frédérique sur ses pages Lindekin ou Facebook.

📷 Libre de droits @Pixabay

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Processus créatif

1 appel à textes
+ 2 rencontres d’écriture créative
+ 3 moments d’écriture
+ 4 amoureuses des mots
= le plaisir d’être publiées dans FanMzine #2 – La terre.

Chez F et M écriture créative, nous avons eu tout de suite envie de nous laisser inspirer par le thème de la terre lors de l’appel à textes lancé par Julie Legrand, éditrice de la revue de création littéraire et visuelle FanMzine.

Nous avons embarqué dans l’aventure Patricia et Annie avec lesquelles nous croisons mots et inspirations depuis de nombreuses années.

Envie d’en savoir un peu plus sur notre processus de création ?

  • Un atelier d’écriture animé par Mélissa Cadarsi qui a ouvert la voie des mots et de la créativité autour du thème de la terre
  • Du temps pour laisser infuser mots et inspiration et pour écrire
  • Des échanges via un groupe Messenger afin de partager au fil de nos écritures
  • Une rencontre pour lire nos textes, échanger, écouter retours et sensibilités
  • Un temps pour réécrire, peaufiner.

Chacune a choisi sa forme, du haïbun au poème en passant par le fondker. Chacune a écrit son texte tout en étant portée par le collectif. Des moments précieux partagés, une façon de se connaître encore mieux. Frédérique vous invite à découvrir son poème « Gaïa ».

Le n° 2 de FanMzine est sorti en novembre 2024 grâce au travail de Julie Legrand, éditrice – ADPV Productions. Le lancement de la revue a eu lieu mi-décembre à l’ombre des arbres de Zou, boutik à lire à l’Eperon, en présence de Julie Legrand et d’une quinzaine des 32 contributrices, autrices, illustratrices, artistes visuelles et céramistes.

Par ordre d’apparition :
les sourires d’Annie, Frédérique, Mélissa et Patricia le jour du lancement de FanMzine #2
En bonus, le sourire éclatant de Julie Legrand, éditrice de FanMzine,
le jour du lancement de la revue à la boutique à lire à Zou.

Frédérique et Mélissa remercient Julie Legrand pour sa confiance et les échanges chaleureux tout au long de ce travail d’écriture et de publication.

Vous pourrez vous procurer FanMzine #2 dans les libraires réunionnaises ou grâce à un achat en ligne. Nous vous invitons à lire la chronique littéraire de Lindsay Hardy-Mussard « Une revue féministe à offrir » et l’article de Julien Delarue : FanMzine, 32 autrices réunies autour du féminisme et de l’écologie.

✒️ Frédérique Guillaumat

✒️ Agitatrices de mots et de créativité, Frédérique et Mélissa animent des ateliers d’écriture créative depuis plusieurs années sur leur île, à La Réunion. N’hésitez pas à les rejoindre sur leur groupe privé Facebook L’Instant Plume pour retrouver leurs propositions créatives et y participer.

✒️ Vous pouvez suivre Frédérique sur ses pages Lindekin ou Facebook.

📷 Couverture de FanMzine #2 – Illustratrice Flo Vandermeersch

Nos écrits

Quand la mouche fait « pouce »

Assis sur son galet tiède, le crapaud crapaudait.

Il baillait à qui mieux mieux, tendant sa longue langue molle de temps à autre pour gober une mouche.

Un insecte cependant se rebelle :

« – Diable, sieur crapaud, je veux bien mourir comme le veut mon destin au fond de votre estomac, mais ne pourriez-vous pas m’offrir en dernier hommage une maillure odeur ?

– Qu’est-ce qu’elle dit celle-là ? A t-on jamais vu un mouche parler ?

– Ainsi, vous pensiez que votre repas n’avait pas d’âme ? Il est vrai qu’à se poser sur votre fétide organe humide, nombreuses doivent être celles qui s’évanouissent derechef !

– Eh ben dis donc, elle m’insulte en plus !

– Plutôt que de vous vexer pour si peu, tenez, sieur, prenez un de ces jolis bonbons. On les appelle Bétises de Cambrai. Il fera votre plaisir et diminuera mon dépit. »

Incapable de refuser un cadeau, le crapaud s’en saisit. Il ramène dans sa gueule la pastille et ferme son cloaque. Il commence a suçoter. La pastille s’accroche à sa langue, à ses joues, elle lui saisit le fond du gosier. Il se contorsionne, frémit quand la menthe se libère. Ses yeux globuleux enflent entre surprise et délice. Il se tord se renverse pour mieux profiter du moment.

La mouche pendant ce temps s’envole, le regarde d’en haut et tapote sa besace à bonbons.

Encore un bon couillon qui se fait avoir à son astuce : la bêtise n’est pas toujours l’apanage du plus faible !

Mélissa Cadarsi partage avec vous la fable écrite pendant l’atelier Palabres en plein air « Boite(s) » du 14 décembre 2024. Envie vous aussi de raconter des billevesées animalières (ou pas ?). Prochain atelier le 14 janvier à 15h en présentiel à Saint-Denis, au tarif de 10 €. Inscriptions par e-mail uniquement: melissa.cadarsi@gmail.com.

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Nos écrits

Foi de facteur !

Il m’a encore interpellé ce matin. C’est la troisième fois en dix jours. Je n’ai aucune idée, moi, de qui écrit ses lettres et comment elle arrive dans sa boîte aux lettres. Enfin, cette lettre, car si je comprends bien ces propos qui commencent à être un poil délirants, ce serait toujours la même lettre.

(photo de Annie Spratt sur Unsplash)

Il m’a d’abord fait signe calmement, un samedi matin. Il passait la tondeuse quand il m’a vu, et poliment, il m’a demandé quoi faire de cette vieille enveloppe.

“ — Je l’ai trouvée dans ma boîte aux lettres. C’est assez bizarre car elle est adressée à Georges, qui était le prénom de mon père. Je l’ai ouverte, au cas où, mais c’est une lettre manuscrite. C’est clairement une erreur. Je vous la rends ? “

Je lui expliquais alors, en regardant l’enveloppe qu’il s’agissait là d’un courrier ancien, “Si, regardez, elle est tamponnée à la main, il y a bien 50 ans qu’on ne procède plus ainsi, même chez nous !”. Je ne savais pas ce qu’il pouvait en faire, mais en tous cas, je ne pouvais pas la reprendre, cela allait même contre la loi : en tant que facteur, nous ne sommes autorisés à reprendre des courriers ouverts.

Il a souri, un peu taquin. Je voyais bien qu’il trouvait cela amusant. Mais pour moi, rien d’amusant, mon travail en dépend. Alors, il l’a glissée dans sa poche.

Trois jours plus tard, il m’a à nouveau sollicité :

“ — Je ne comprends pas, vous avez à nouveau mis une enveloppe ancienne similaire dans la boîte à lettres.”

A mon air étonné, il me sortit l’enveloppe, indemne cette fois. Non ouverte, elle portait le même adressage avec la même écriture manuscrite, un peu désuète, à la plume à encre même. Elle était impeccable, pas pliée, pas déchirée.

“ — Monsieur, c’est exactement le même courrier ! Qu’avez-vous fait de l’autre ? C’est une mauvaise blague ? “

Son regard me confirma le contraire. Cette fois, devant moi, il déchira l’enveloppe et en glissa les cinq ou six morceaux dans la poubelle à proximité.

Ce matin, pour la troisième, mais cette fois-ci excédé, il vint vers moi :

“ — Cela suffit maintenant ! Ma mère, qui est de passage chez nous, est tombée sur l’enveloppe que ma femme avait posée sur la table : à nouveau exactement la même, avec cette écriture fine. Elle s’est effondrée en larmes. Je veux des explications ! 

— Monsieur, je n’ai aucune explication à vous donner, mais je suis certain que dès la première fois, vous avez lu le courrier, au moins les premières lignes, non ? Alors, qu’est-ce qu’il révèle qui tient tant à vous parvenir ? Ou qu’est-ce que vous aimeriez tellement refermer dans une enveloppe scellée pour toujours ? On a un dicton chez les facteurs : on ne reçoit que le courrier qu’on mérite ! ”

Mélissa Cadarsi s’est récemment inscrite au cours en ligne « Initiation à l’écriture d’histoires d’horreur », un cours de María Fernanda Ampuero , Écrivaine, sur la plateforme Domestika, parce qu’elle ne recule devant rien pour vous proposer des ateliers toujours plus intenses ! Elle partage ici un des textes issus de l’atelier. A bientôt pour de nouveaux frissons.

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Et vous, d’où venez-vous ?

Aujourd’hui, c’est le pas feutré de la directrice. Un rien m’emporte à nouveau là-bas. Le sifflement de la bouilloire, le goutte à goutte du robinet du lavabo, le tic-tac de la pendule.

Surgit alors l’odeur du bois, rassurante. Le chêne vivant de l’escalier murmurant ou criant à chaque marche selon qu’on le monte en catimini ou qu’on le dégringole.

Dès leur entrée par effraction dans la maison, je m’étais tapie dans la cache sous l’escalier obéissant instinctivement au dernier conseil de notre cher absent. Se cacher dès qu’ils reviendront sans me préoccuper de ma mère et de mon frère.

Escalier de bois
Sa cachette secrète
Vite ! à l’abri.

Puis résonnent à nouveau leurs pas sur le carrelage noir et blanc de l’entrée. Le gémissement de la porte du couloir quand on l’ouvre sans précaution et les protestations de maman.

Jamais la maison n’a été si bruyante. Du claquement des portes des placards de la cuisine au ballet bien réglé des percussions quand se fracassent sur le sol, pêle-mêle, assiettes, verres, bols, tasses, soucoupes, saladier, soupière, pichet. Enfin le tintement des casseroles, de la grande poêle à frire et de la cafetière en fer blanc rebondissant sur les pavés.

La valse entrainante des chaises dans la salle à manger, la chute des livres de la bibliothèque dans le salon, le fracas des lits qu’on retourne.

Fouillée, saccagée
Souillée du sol au plafond
Maison dévastée.

Isolée dans ma cachette, je rêve de ces retours de promenades où l’on apercevait de loin la maison. Comme une évidence. Je me souviens de ce moment où chacun franchissait le seuil avec certitude.

J’aperçois à nouveau notre cher absent fabriquer ce placard sous l’escalier devinant le pire. Dans quel recoin de la maison a-t-il caché les tracts que ces hommes sont venus chercher ?

Fidèle gardienne
Double cloison au grenier
Mines bredouilles*.

« Maisson »
« Te souviens-tu, Dariya, de la règle d’orthographe de la lettre « s » située entre deux voyelles qui se prononce comme le « z » ? ». Dariya lève la tête vers le panneau qu’on voit depuis la salle de classe, et qu’elle ne sait pas encore déchiffrer, indiquant « Foyer de la Croix-Rouge ». Elle se concentre à nouveau sur son cahier pour lire « maison ».

Maison incendiée
Fuir jusqu’à l’épuisement
Refuge, ailleurs.

* Les souvenirs de Dariya ont été traduits de sa langue maternelle en français pour le confort des lecteurs.

En septembre 2024, j’ai eu le plaisir de participer à l’atelier d’écriture « Des lignes en ligne » animé par Hélène Chardonnet et proposé par le réseau de lecture publique de la Cinor. « Et vous, d’où venez-vous » était le fil rouge de cet atelier. Je vous invite à découvrir les textes des autres participants : https://lecturepublique.cinor.org/iguana/www.main.cls?sUrl=contributions-participants

✒️ Frédérique Guillaumat

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Cartel et Inventoire

Aleph-écriture est une école d’écriture créée en 1985 à Paris. Elle propose des stages de création littéraire et des ateliers d’écriture en présentiel et distanciel et forme aux métiers d’animateurs d’ateliers d’écriture et de biographes. Elle publie « L’Inventoire », une revue en ligne destinée à tous les passionnés de littérature.

Depuis La Réunion, Frédérique participe régulièrement à des formations ou ateliers grâce au format distanciel.

En juillet 2024, elle a eu le plaisir de voir son texte « Cartel » publié dans cette revue, texte écrit lors d’un atelier « Ecrire l’art ou mon musée idéal » animé par Françoise Khoury.

✒️ « Un samedi matin de septembre, mes pas m’ont guidée de la gare du Havre au MUMA, petit nom affectueux que les havrais donnent à leur Musée d’Art Moderne André Malraux »… la suite du texte de Frédérique est à découvrir dans la revue L’Inventoire.

Vous y lirez aussi comment Françoise Khoury a été amenée à proposer d’écrire autour de l’art et des musées en continuant à feuilleter la revue.

En bonus d’autres textes sur le même thème dont « La chambre de Van Gogh » de Gaëlle Lanier, de l’Atelier du porte-plume, animatrice d’ateliers d’écriture et biographe dans l’Ain.

✒️ Frédérique Guillaumat

✒️ Agitatrices de mots et de créativité, Frédérique et Mélissa animent des ateliers d’écriture créative depuis plusieurs années sur leur île, à La Réunion, et en ligne. N’hésitez pas à les rejoindre sur leur groupe privé Facebook L’Instant Plume pour retrouver leurs propositions créatives et y participer.

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📷 Huile sur toile « Coup de vent à Trouville » de Denis Etcheverry – entre 1867 et 1952.