Le blog, Nos écrits, Mots à tout va

Et vous, d’où venez-vous ?

Aujourd’hui, c’est le pas feutré de la directrice. Un rien m’emporte à nouveau là-bas. Le sifflement de la bouilloire, le goutte à goutte du robinet du lavabo, le tic-tac de la pendule.

Surgit alors l’odeur du bois, rassurante. Le chêne vivant de l’escalier murmurant ou criant à chaque marche selon qu’on le monte en catimini ou qu’on le dégringole.

Dès leur entrée par effraction dans la maison, je m’étais tapie dans la cache sous l’escalier obéissant instinctivement au dernier conseil de notre cher absent. Se cacher dès qu’ils reviendront sans me préoccuper de ma mère et de mon frère.

Escalier de bois
Sa cachette secrète
Vite ! à l’abri.

Puis résonnent à nouveau leurs pas sur le carrelage noir et blanc de l’entrée. Le gémissement de la porte du couloir quand on l’ouvre sans précaution et les protestations de maman.

Jamais la maison n’a été si bruyante. Du claquement des portes des placards de la cuisine au ballet bien réglé des percussions quand se fracassent sur le sol, pêle-mêle, assiettes, verres, bols, tasses, soucoupes, saladier, soupière, pichet. Enfin le tintement des casseroles, de la grande poêle à frire et de la cafetière en fer blanc rebondissant sur les pavés.

La valse entrainante des chaises dans la salle à manger, la chute des livres de la bibliothèque dans le salon, le fracas des lits qu’on retourne.

Fouillée, saccagée
Souillée du sol au plafond
Maison dévastée.

Isolée dans ma cachette, je rêve de ces retours de promenades où l’on apercevait de loin la maison. Comme une évidence. Je me souviens de ce moment où chacun franchissait le seuil avec certitude.

J’aperçois à nouveau notre cher absent fabriquer ce placard sous l’escalier devinant le pire. Dans quel recoin de la maison a-t-il caché les tracts que ces hommes sont venus chercher ?

Fidèle gardienne
Double cloison au grenier
Mines bredouilles*.

« Maisson »
« Te souviens-tu, Dariya, de la règle d’orthographe de la lettre « s » située entre deux voyelles qui se prononce comme le « z » ? ». Dariya lève la tête vers le panneau qu’on voit depuis la salle de classe, et qu’elle ne sait pas encore déchiffrer, indiquant « Foyer de la Croix-Rouge ». Elle se concentre à nouveau sur son cahier pour lire « maison ».

Maison incendiée
Fuir jusqu’à l’épuisement
Refuge, ailleurs.

* Les souvenirs de Dariya ont été traduits de sa langue maternelle en français pour le confort des lecteurs.

En septembre 2024, j’ai eu le plaisir de participer à l’atelier d’écriture « Des lignes en ligne » animé par Hélène Chardonnet et proposé par le réseau de lecture publique de la Cinor. « Et vous, d’où venez-vous » était le fil rouge de cet atelier. Je vous invite à découvrir les textes des autres participants : https://lecturepublique.cinor.org/iguana/www.main.cls?sUrl=contributions-participants

✒️ Frédérique Guillaumat

✒️ Agitatrices de mots et de créativité, Frédérique et Mélissa animent des ateliers d’écriture créative depuis plusieurs années sur leur île, à La Réunion. N’hésitez pas à les rejoindre sur leur groupe privé Facebook L’Instant Plume pour retrouver leurs propositions créatives et y participer.

✒️ Vous pouvez suivre Frédérique sur ses pages Lindekin ou Facebook.

📷 libre de droits @Pixabay.

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Et vous, d’où venez-vous ?

Aujourd’hui, c’est le pas feutré de la directrice. Un rien m’emporte à nouveau là-bas. Le sifflement de la bouilloire, le goutte à goutte du robinet du lavabo, le tic-tac de la pendule.

Surgit alors l’odeur du bois, rassurante. Le chêne vivant de l’escalier murmurant ou criant à chaque marche selon qu’on le monte en catimini ou qu’on le dégringole.

Dès leur entrée par effraction dans la maison, je m’étais tapie dans la cache sous l’escalier obéissant instinctivement au dernier conseil de notre cher absent. Se cacher dès qu’ils reviendront sans me préoccuper de ma mère et de mon frère.

Escalier de bois
Sa cachette secrète
Vite ! à l’abri.

Puis résonnent à nouveau leurs pas sur le carrelage noir et blanc de l’entrée. Le gémissement de la porte du couloir quand on l’ouvre sans précaution et les protestations de maman.

Jamais la maison n’a été si bruyante. Du claquement des portes des placards de la cuisine au ballet bien réglé des percussions quand se fracassent sur le sol, pêle-mêle, assiettes, verres, bols, tasses, soucoupes, saladier, soupière, pichet. Enfin le tintement des casseroles, de la grande poêle à frire et de la cafetière en fer blanc rebondissant sur les pavés.

La valse entrainante des chaises dans la salle à manger, la chute des livres de la bibliothèque dans le salon, le fracas des lits qu’on retourne.

Fouillée, saccagée
Souillée du sol au plafond
Maison dévastée.

Isolée dans ma cachette, je rêve de ces retours de promenades où l’on apercevait de loin la maison. Comme une évidence. Je me souviens de ce moment où chacun franchissait le seuil avec certitude.

J’aperçois à nouveau notre cher absent fabriquer ce placard sous l’escalier devinant le pire. Dans quel recoin de la maison a-t-il caché les tracts que ces hommes sont venus chercher ?

Fidèle gardienne
Double cloison au grenier
Mines bredouilles*.

« Maisson »
« Te souviens-tu, Dariya, de la règle d’orthographe de la lettre « s » située entre deux voyelles qui se prononce comme le « z » ? ». Dariya lève la tête vers le panneau qu’on voit depuis la salle de classe, et qu’elle ne sait pas encore déchiffrer, indiquant « Foyer de la Croix-Rouge ». Elle se concentre à nouveau sur son cahier pour lire « maison ».

Maison incendiée
Fuir jusqu’à l’épuisement
Refuge, ailleurs.

* Les souvenirs de Dariya ont été traduits de sa langue maternelle en français pour le confort des lecteurs.

En septembre 2024, j’ai eu le plaisir de participer à l’atelier d’écriture « Des lignes en ligne » animé par Hélène Chardonnet et proposé par le réseau de lecture publique de la Cinor. « Et vous, d’où venez-vous » était le fil rouge de cet atelier. Je vous invite à découvrir les textes des autres participants : https://lecturepublique.cinor.org/iguana/www.main.cls?sUrl=contributions-participants

✒️ Frédérique Guillaumat

✒️ Agitatrices de mots et de créativité, Frédérique et Mélissa animent des ateliers d’écriture créative depuis plusieurs années sur leur île, à La Réunion. N’hésitez pas à les rejoindre sur leur groupe privé Facebook L’Instant Plume pour retrouver leurs propositions créatives et y participer.

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Cartel et Inventoire

Aleph-écriture est une école d’écriture créée en 1985 à Paris. Elle propose des stages de création littéraire et des ateliers d’écriture en présentiel et distanciel et forme aux métiers d’animateurs d’ateliers d’écriture et de biographes. Elle publie « L’Inventoire », une revue en ligne destinée à tous les passionnés de littérature.

Depuis La Réunion, Frédérique participe régulièrement à des formations ou ateliers grâce au format distanciel.

En juillet 2024, elle a eu le plaisir de voir son texte « Cartel » publié dans cette revue, texte écrit lors d’un atelier « Ecrire l’art ou mon musée idéal » animé par Françoise Khoury.

✒️ « Un samedi matin de septembre, mes pas m’ont guidée de la gare du Havre au MUMA, petit nom affectueux que les havrais donnent à leur Musée d’Art Moderne André Malraux »… la suite du texte de Frédérique est à découvrir dans la revue L’Inventoire.

Vous y lirez aussi comment Françoise Khoury a été amenée à proposer d’écrire autour de l’art et des musées en continuant à feuilleter la revue.

En bonus d’autres textes sur le même thème dont « La chambre de Van Gogh » de Gaëlle Lanier, de l’Atelier du porte-plume, animatrice d’ateliers d’écriture et biographe dans l’Ain.

✒️ Frédérique Guillaumat

✒️ Agitatrices de mots et de créativité, Frédérique et Mélissa animent des ateliers d’écriture créative depuis plusieurs années sur leur île, à La Réunion, et en ligne. N’hésitez pas à les rejoindre sur leur groupe privé Facebook L’Instant Plume pour retrouver leurs propositions créatives et y participer.

✒️ Vous pouvez suivre Frédérique sur ses pages Lindekin ou Facebook.

📷 Huile sur toile « Coup de vent à Trouville » de Denis Etcheverry – entre 1867 et 1952.