Envie de savoir pourquoi Frédérique se lève à 5 h 30 presque tous les matins ?
Elle l’a raconté aux auditrices et auditeurs de France Inter, le vendredi 8 septembre. Podcast de l’émission « Déjà debout » du 8 septembre 2023 à retrouver sur le site de la Radio France.
✒️ NOS ATELIERS D’ECRITURE D’OCTOBRE EN LIGNE ET A LA REUNION
🔸 Atelier en présentiel « Palabres Nouvelles », le samedi 7 octobre 2023 à Saint-Denis (La Réunion). Attention pour les habitués : changement de lieu. Les ateliers se déroulent maintenant dans le quartier du Bas de la Rivière. Informations pratiques et nouvelles modalitéssur notre site.
🔸 Les ateliers, d’une durée de 2 h, sont au tarif de 20 € 🔸 6 participants maximum pour les ateliers en ligne.
Agitatrices de mots et de créativité, Frédérique et Mélissa animent des ateliers d’écriture créative depuis plusieurs années sur leur île, à La Réunion, et en ligne via Zoom. N’hésitez pas à les rejoindre sur leur groupe privé Facebook L’Instant Plume pour retrouver leurs propositions créatives et y participer si le coeur vous en dit.
Diego était un beau mâle et il le savait. Diego avait une maîtresse.
Elle s’appelait Loona.
Dès leur premier câlin, elle lui avait chuchoté de sa voix douce que Loona signifiait « amour » dans une langue ancienne dont il avait oublié le nom.
Leur rencontre, un matin de printemps, avait été assez banale. Loona lisait du Baudelaire assise sur un banc à l’ombre d’un chêne dans un jardin public. Diego l’avait aperçue au loin. Il s’était approché doucement et l’avait abordée avec légèreté, sans la brusquer, comme il savait si bien le faire.
Dès la première caresse de Diego sur ses jambes, Loona lui avait voué un amour inconditionnel. Son cœur s’était emballé comprenant qu’ils étaient « félin » pour l’autre.
Et ce vagabond de Diego s’était installé chez Loona pour ne plus en repartir.
Il avait fallu seulement quelques heures pour que la jeune femme ne puisse plus se passer de lui. Le minou savait y faire !
Confidences sur l’oreiller dès l’aube. Moment magique à deux mains et quatre coussinets sur fond de ronrons langoureux. Et Loona de s’extasier que jamais elle n’avait caressé de poils aussi doux !
Touche d’espièglerie le soir avec un Diego courant d’un bout à l’autre de l’appartement et sautant allègrement sur les meubles avant de faire ami-ami avec sa dulcinée sur le canapé devant un bon film. Et chaque samedi soir, revoir ensemble Les Aristochats.
Diego vivait sa huitième vie. L’avant-dernière !
Frédérique Guillaumat, avec l’aide précieuse des amis de F et M écriture créative.
Texte écrit grâce aux mots offerts à Frédérique par les ami.e.s de F et M, écriture créative et membres du groupe L’instant Plume. Mots évoquant les chats : Amour – Baudelaire – Ronronnement – Ami – Espièglerie – Caresse – Coussinet – Ronron – Légèreté – Félin – Magique – Minou – Câlin – Poils – Vagabond – Amour inconditionnel.
Grâce au logo-rallye, jeu d’écriture consistant à glisser certains mots « imposés » dans un texte, Frédérique a pris plaisir à écrire ce texte qu’elle offre en retour aux membres du groupe et à celles et ceux de passage ici. Frédérique est animatrice d’ateliers d’écriture et a créé F et M, écriture créative avec Mélissa Cadarsi.
Agitatrices de mots et de créativité, Frédérique et Mélissa animent des ateliers d’écriture créative depuis plusieurs années sur leur île, à La Réunion, et en ligne. N’hésitez pas à les rejoindre sur leur groupe privé Facebook L’Instant Plume pour retrouver leurs propositions créatives et y participer si le coeur vous en dit.
Quatre ans ! Quatre ans et deux mois pour être juste qu’elle m’écoute en boucle matin, soir et parfois le midi quand elle préfère rentrer déjeuner parce qu’elle ne supporte plus ses collègues !
Et depuis deux ans qu’elle télétravaille un jour sur deux, je passe en boucle du matin au soir !
J’ai les sillons fatigués, moi !
Et Hervé, il n’en peut plus de pousser la chansonnette.
Faut qu’elle arrête ! Une heure au moins qu’elle est là avec son sachet de thé à la fraise de Plougastel qui trempe…
« Capri, c’est fini… et dire que c’était la… ».
Faut qu’elle change de disque parce que si vous voulez mon avis, il ne reviendra pas l’autre !
Texte inspiré par l’illustration de Sophie Griotto et écrit par Frédérique Guillaumat pendant un atelier d’écriture – temps d’écriture 8 minutes. Vous pouvez découvrir ou redécouvrir les oeuvres de Sophie Griotto grâce à une balade sur son site internet. Frédérique remercie chaleureusement Sophie Griotto pour son aimable autorisation.
Frédérique est animatrice d’ateliers d’écriture et a créé F et M, écriture créative avec Mélissa Cadarsi.
Agitatrices de mots et de créativité, Frédérique et Mélissa animent des ateliers d’écriture créative depuis plusieurs années sur leur île, à La Réunion, et en ligne.
Découvrir le calligramme à la manière d’Appolinaire
Déclamer et partager son poème à la façon d’un slam.
Poème avec et sans rimes, écrit par Frédérique, inspiré par un atelier d’écriture animé à Saint-André – La Réunion – en mars 2023 avec les élèves d’une classe de CM2, jongleuses et jongleurs de rimes.
Frédérique est animatrice d’ateliers d’écriture et a créé F et M, écriture créative avec Mélissa Cadarsi.
Agitatrices de mots et de créativité, Frédérique et Mélissa animent des ateliers d’écriture créative depuis plusieurs années sur leur île, à La Réunion, et en ligne.
Tous les matins, je croisais le marchand de glaces sur le trajet de l’école.
Tous les matins, je me demandais pourquoi il était là si tôt sachant qu’il ne ferait tinter sa petite mélodie qu’à 16 heures pour accompagner la sortie des élèves.
Tous les matins, j’imaginais qu’il préparait ses glaces et que ça devait prendre beaucoup de temps de les peindre en rose bonbon, rouge sang, blanc crème, brun foncé, jaune soleil.
Tous les matins, je me demandais si le marchand peignait ses glaces à la gouache, à l’aquarelle ou, peut-être, les coloriait-il avec des feutres ?
Texte et collage de Frédérique. Texte écrit lors d’un atelier d’écriture le samedi 4 mars 2023 sur une proposition d’écriture de Mélissa.
Frédérique est animatrice d’ateliers d’écriture et a créé F et M, écriture créative avec Mélissa Cadarsi. Elle pratique également le collage et vous transmettait sur notre blog sa recette pour agiter les mots et votre créativité.
Agitatrices de mots et de créativité, Frédérique et Mélissa animent des ateliers d’écriture créative depuis plusieurs années sur leur île, à La Réunion, et en ligne.
Deux ou trois vieux magazines – ici « L’essentiel de la Science » de décembre 2017 / janvier 2018 et « Pif Gadget » de septembre 2004
Un vieux livre aux pages jaunies, de préférence trouvé dans une boîte à livres – ici « Le parapluie du Maharadjah » d’E. Jouannon – Illustrations A. Galland – Paris Librairie Gedalge – 75 rue des Saints-Pères (non daté) découvert dans la boîte à livres du Jardin de l’Etat à Saint-Denis, La Réunion.
Votre paire de ciseauxpréférés – ici des ciseaux mauves que j’adore !
Un bâton de colle de votre marque préférée… ou pas !
Un tampon encreur de la couleur de votre choix.
Recette
Prévoir une pause créative d’environ une heure un dimanche en fin d’après-midi*, un jeudi soir ou un matin dès l’aube. * Et si vous préférez faire autre chose, Frédérique anime régulièrement des ateliers d’écriture en ligne le dimanche en fin d’après-midi.
Veiller à ne surtout pas avoir d’objectifs, de critères de résultat en commençant votre création. Faites confiance avant tout à votre inspiration et amusez-vous à voir là où elle vous mènera.
Choisir une page du vieux livre, de préférence illustrée – mais ça fonctionne aussi sans illustration.
Déchirer délicatement la page choisie en parlant au livre pour lui expliquer qu’on est en train de lui faire un cadeau : lui offrir une deuxième vie.
Se laisser inspirer par l’illustration et / ou les mots. Si on n’a pas lu le livre, c’est encore mieux ! Si on l’a lu, on peut décider d’oublier l’histoire ou de s’en inspirer.
Feuilleter les articles des magazines. Ouvrir grand sa créativité et son imagination !
Découper des mots ou des phrases dans au moins deux magazines et les assembler au gré de son inspiration spontanément sans se poser trop de questions !
Tamponner les mots découpés avec le tampon encreur. Une variante de cette recette indique qu’on peut également tamponner légèrement la page du livre.
Disposer les mots sur la page et les coller.
Aller nettoyer ses doigts plein de colle.
Passer le tampon encreur sur le contour de la page.
Enfin, prendre le temps de contempler sa création. La prendre en photo pour la partager sur les réseaux sociaux.
Conserver son oeuvre pour soi ou la glisser dans une enveloppe pour l’envoyer à un ami créatif… ou non !
Recommencer la recette autant de fois qu’on en a envie !
Frédérique est animatrice d’ateliers d’écriture et a créé F et M, écriture créative avec Mélissa Cadarsi.
Agitatrices de mots et de créativité, elles animent des ateliers d’écriture créative depuis plusieurs années sur leur île, à La Réunion, et en ligne.
J’ai 10 ans, enfin. Cette fois, ils ne pourront plus m’arrêter. Ça y est, je suis grande.
Je descends la première. Puisque comme d’habitude, papa et maman dorment toujours.
Les marches de l’escalier sont glacées sous mes pieds, et là, tout en bas, Nala est couchée de tout son long. Elle m’attend. Je passe précautionneusement au-dessus d’elle, en équilibre sur mes orteils, puis je m’assieds pour la caresser. Son ventre, qu’elle m’offre, est tout chaux et si doux. Il sent un peu fort aussi.
Elle se lève, s’étire et me rejoint dans la cuisine. J’ai déjà grimpé sur le tabouret, les mains en appui sur le métal froid. Le cliquetis des griffes de Nala sur le sol se rapproche. Je tends le bras pour ouvrir le placard. Le boite est juste là, devant moi, à peine plus haut… J’essaie de me hisser, de grimper sur le plan de travail en inox. Ma peau nue grince et ça pince un peu, mais j’y suis presque. Je tente le tout pour le tout et me met debout. Du sol, Nala, assise, me regarde perplexe, penchant sa tête rousse sur le côté. Du bout des doigts, je la frôle… Mais les lettres semblent danser devant mes yeux, et ma bouche salivante reste vide… C O O K I ES… Décidément, même en ayant 10 ans, je ne suis toujours pas assez grande.
Un texte écrit en 2022, pendant le cycle « Les 5 sens, sens dessus dessous ».
🔌Restez connecté pour découvrir dans quelques mois la proposition de cycle d’écriture qui vous permettra d’inventer des histoires avec ou pour vos enfants
En face de lui, la vieille, prenant deux larges feuilles de songe pour y disposer le repas, sourit de toutes ses dents pourries.
« Je vois bien que tu es surpris, à toi aussi on a raconté toutes ses âneries. Que je vole les enfants la nuit pour les mettre dans ma grande marmite… Je vais te raconter mon histoire, tu vas voir, il n’y a pas de quoi avoir peur ! »
Grand Mère Kal apporte à Ti Jean sa feuille de songe. Y sont posés de beaux morceaux de légumes, quelque chose qui ressemble à de la patate et des feuilles cuites en bouillon. Ti Jean est encore un peu méfiant, il ne connaît pas ces drôles de mets. Pourtant, la vieille commence à manger et à raconter.
« C’était il y a très longtemps, tu n’étais pas né, et peut-être même ta mémé ne l’était pas non plus. En ce temps-là, il y avait des hommes méchants qui faisaient travailler les autres sans les payer et qui leur faisaient du mal, à leurs esclaves. En ce temps-là, je vivais de l’autre côté de l’île, j’étais esclave, mais j’étais assez heureuse car j’avais un amoureux. Nous pensions déjà à notre vie tous les deux, à nos enfants. Oh bien sûr, ils seraient esclaves aussi, mais ce n’était pas grave, tant qu’ils restaient avec nous ! Mais un jour, le maître nous a surpris. Il était très en colère, et jaloux je crois, alors, il a chassé mon amoureux. Je ne l’ai jamais revu, il est parti sans aucun bagage, aucun bertel, les mains vides. A partir de là, j’étais triste tout le temps, du soir au matin et du matin au soir. Je ne travaillais plus, alors j’étais souvent battue. J’ai décidé de m’enfuir. Je suis partie au milieu de la nuit, avec mes chaînes au pied, celles qui sont toujours là, que tu peux voir et entendre. J’ai couru, couru, j’ai gravi les montagnes, descendu les ravins, sauté par-dessus les arbres, jusqu’au jour où j’ai glissé depuis le petit îlet jusqu’ici, jusqu’au fond de cette ravine, et de là, je ne savais plus comment en ressortir. C’était il y a très longtemps… Ensuite, j’ai pleuré, pleuré. J’avais faim, j’étais seule et triste. Et puis, le temps passant, puisque je ne pouvais pas quitter ce lieu, j’ai commencé à goûter les plantes autour de moi. Certaines étaient mauvaises, amères. Certaines fois, la fièvre est montée sur moi, j’ai eu mal au ventre pendant des jours et des nuits. Heureusement, il y a des plantes qui rendent malade et d’autres qui guérissent ! Heureusement, il y a cette liane magique, que je n’avais jamais vu avant, cette liane qui produit des fruits nombreux et savoureux, dont les racines sont douces comme de la patate et les feuilles nourrissantes. Du fond de mon trou, grâce aux falaises qui amènent jusqu’ici les rumeurs du monde, j’entends les légendes qui courent à mon propos. J’entends les enfants qui pleurent de peur, les parents qui les menacent de mon nom. Cela me rend triste, parce que tout ce que je voulais c’était vivre avec mon amoureux et avoir moi aussi des enfants. Aujourd’hui, tous ont peur de moi, tous pensent que je suis morte et que mon âme méchante les guette quand ils s’endorment, que je me cache derrière les roches féroces du volcan. Mais non, je suis là, depuis tout ce temps, je ne fais que manger le fruit de ma liane chouchou, ma liane favorite qui m’a sauvée la vie, et j’attends, j’attends… »
Ti Jean, est fasciné. Il n’a pas encore vraiment touché à son repas, écoutant le récit de Grand Mère Kal. Il est un peu triste pour elle, et se dit que c’est vraiment injuste que tout le monde ait peur d’elle alors qu’elle est juste une vieille femme seule…
« – Mais pourquoi n’es-tu jamais remontée ?
– J’ai bien essayé mais c’est impossible, mon petit, tu devrais déguster ton repas et t’y habituer, car maintenant, tu es ici, coincé avec moi, pour toujours. Tu seras un peu le petit garçon que je n’ai pas eu.
– Mais ce n’est pas possible dit Ti jean, plus étonné qu’effrayé maintenant, je suis arrivé par là, il y a un passage, pas facile, mais nous pouvons remonter !
– Non, je te dis qu’il est bouché !
– Le cyclone a dû l’ouvrir alors, car j’ai bien fait attention à toujours pouvoir rebrousser chemin, il était hors de question de laisser mémé derrière moi sans retour possible ! »
Ti Jean s’apprête à se lever, mais de fatigue retombe sur ses fesses. Alors, il entreprend de goûter à son dîner. D’abord la patate, douce, moelleuse et parfumée. Puis les légumes, légèrement sucrées, gorgées de jus, et enfin les feuilles, avec une petite saveur qu’il ne connaît pas, une texture ferme mais fondante. Ti Jean se régale, il avale à toute vitesse car il a très faim mais il se dit aussi qu’il n’a jamais rien mangé de tel !
« – Et tu dis que cette liane t’a nourrie tout ce temps… C’est délicieux !
– Oui, elle est là, les pieds dans l’eau et ne meurt jamais, elle se revigore seule, ne demande pas vraiment de soins…
– C’est parfait, nous allons en prendre avec nous des patates et des fruits, pour nourrir mémé en arrivant là haut, puis nous planterons cette liane extraordinaire ! Maintenant, partons ! »
Ti Jean et Grand Mère Kal entament la remontée. Dans son bertel, le garçon a disposé trois belles patates de la liane chouchou, ainsi que l’appelle la vieille dame, et quatre beaux fruits, ils sont un peu piquants, mais quand on sait quel trésor de saveur ils renferment, on peut bien faire quelque effort ! Les deux amis, Ti Jean et Grand mère Kal, celle-là même qui jusqu’à il y a peu hantait ces nuits, entreprennent de grimper par l’étroit tunnel au cœur des lianes. Ti Jean comprend alors que ce sont des lianes chouchou, ce sont elles qui l’ont mené jusque là. Décidément, elles ont plus d’un tour dans leur sac… S’agrippant à droite et à gauche, le garçon grimpe habilement. La vieille dame a quelques difficultés mais elle s’accroche. Elle a souffert trop longtemps de solitude… Tant bien que mal, les voilà qui s’avancent vers le haut de l’îlet. Et effectivement Grand Mère Kal découvre que le chemin est libre. Les arbres, étroitement serrés il y a de cela quelques mois, la dernière fois qu’elle a tenté de remonter forment désormais un tunnel sombre mais praticable.
La montée dure quand même plusieurs heures, et les deux comparses arrivent enfin, épuisés, derrière la case tout en haut du petit îlet, ne percevant presque plus le bruit de la ravine.
Ti Jean et Grand Mère Kal s’assoient un instant pour se remettre de leurs efforts et à ce moment-là, trois personnes surgissent de la maison :
« – Ti Jean, tu es revenu, nous n’y croyons plus, il y a presque une journée que tu es parti ! »
Caché du soleil par la végétation, Ti Jean ne s’en est pas rendu compte, mais en effet, il était parti la veille au matin : une aventure de vingt quatre heures et un voyage dans le temps auprès de Grand Mère Kal.
Ses parents, la route finalement réparée, sont enfin arrivés. Ils ont pu s’occuper de mémé et elle semble en pleine forme, jusqu’au moment où elle remarque la vieille femme près de son petit marmaille. Reconnaissant Grand Mère Kal, elle s’apprête à l’assommer d’un bon coup de bois goyavier derrière la tête quand Ti jean s’interpose :
« – Non mémé, elle m’a sauvé la vie ! Laisse-moi te raconter !
– D’abord passons à table, vous avez bien besoin d’un petit déjeuner ! » disent les parents du garçon, confiants.
Les voilà sous la véranda de mémé, autour d’une table bien garnie grâce aux emplettes ramenés par les parents de Ti Jean. Un gâteau au ti son, bien sucré, du café, du lait, du pain et des confitures les attendent. Tous les cinq s’assoient autour de la table et partagent gaiement le repas en écoutant l’histoire de Grand Mère Kal et celle de Ti Jean. La vieille déguste ces délices sucrés qu’elle n’avait jamais même goûtés et c’est mémé qui conclut le repas :
« – Hé bien, maintenant ou la trouv’ une nouvelle famille, ou va rest’ habit ek nous ! »
Ti jean est très heureux pour Grand Mère Kal et celle-ci est si émue qu’elle n’ose dire un mot.
Le jour suivant, les parents, après s’être assurés que les placards étaient à nouveaux bien remplis, repartent pour le bord’mer et laissent Ti Jean et ses deux mémés dans la case. Il va être deux fois plus choyé maintenant, ils sont bien rassurés.
Les trois amis continuent tranquillement leur petite vie dans la petite case du petit îlet. Et si jamais la route venait à nouveau à être coupée, il y a derrière la maison, tombés du bertel de Ti Jean, trois patates et quatre fruits de liane chouchou qui ont déjà commencé à germer et qui bientôt recouvriront une belle partie du jardin, leurs fruits joliment suspendus à des longues tiges en tire-bouchon.
FIN
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Il s’extirpe du tunnel de lianes et s’approche de l’eau courante. Mais alors, un vent violent, venu de nulle part le jette à terre. Les feuilles mortes se soulèvent et un énorme bruit de chaînes de métal emplit l’air.
« Kissa y vien vol’ mon l’eau ? »
Ti Jean n’en croit pas ses yeux. Une vieille très vieille femme décrépie se tient devant lui. Sa peau est sèche comme la terre quand il n’a pas plu depuis une semaine. Ses cheveux emmêlés comme de la paille de maïs. Ses doigts longs et crochus ressemblent à des vieilles margozes amères. Et une odeur, une odeur pestilentielle l’entoure. A ses pieds, elle traîne des chaînes, de longues chaînes qui semblent bien lourdes.
Ti Jean a beau être courageux, un frisson parcourt son dos. Il frémit, il a peur.
La vieille femme ricane méchamment.
« A ou la… Kossa ou po roder ? »
Ti Jean n’ose pas répondre, il a peur de répondre à la vieille femme. Celle-ci le regarde, lui tourne autour, attend une réponse. Alors, Ti Jean, prenant son courage à deux mains :
« Mi rode un zaffer pour manger pour mon mémé et moin. »
La vieille femme ricane de plus belle :
« Et c’est dans l’trou bébète de Grand Mère Kal que tu es venu ! Tu es fou ! »
Et voilà, Ti Jean, s’en doutait un peu, mais cette fois c’est sûr ! Cette vieille femme est Grand mère Kal, l’horriblement célèbre Grand Mère Kal. Il est perdu…
Alors qu’il se demande comment en sortir, la vieille sorcière s’écarte et se dirige vers son énorme chaudron qui bouillonne un peu plus loin sur un beau feu de bois. Ti Jean voit sa dernière heure arriver, il tremble de tous ses membres.
Grand Mère Kal tourne une grande cuillère en bois à sa bouche et semble se régaler. Apparemment, son chaudron est déjà plein de bonnes choses. Mais Ti Jean se tient sur ses gardes, prêt à tout moment à se retourner et à faire-demi tour. Il se voit déjà grimper le long des lianes, s’accrochant de ses bras secs mais forts. Il rentrera les mains vides, mais vivant !
Alors Grand Mère Kal se tourne vers lui :
« Maintenant que tu es là avec moi. Partageons ce repas. Il est bien modeste mais je ne me nourris que de cela depuis des années et je suis encore là… et bien là ! »
Ti Jean n’en croit pas ses oreilles. Elle n’a apparemment aucune intention de le cuisiner, ni de le manger, et même la voilà qui lui propose de partager son dîner. Elle est loin de se comporter comme la Grand Mère Kal de ses cauchemars.
🔌Restez connecté pour découvrir dans quelques mois la proposition de cycle d’écriture qui vous permettra d’inventer des histoires pour communiquer vos propres passions et valeurs.
Sans plus de discussions, Ti Jean prépare son bertel avec les quelques provisions restantes : une patate douce bouillie, deux tomates arbustes et le couteau grand lame que son papa lui a offert pour ses dix ans, avec lequel il espère cueillir de beaux fruits et légumes. Et il s’en va, souriant à mémé pour la rassurer.
Au fond de lui pourtant, Ti Jean sait qu’il n’aura pas de mal à descendre dans la ravine, non, ce qui lui fait peur c’est de savoir ce qu’il y a là, tout au fond, tapi dans l’ombre…
Ti Jean, son bertel sur les épaules entame la descente vers le fond de la ravine. Il se fraye un chemin entre grévilléas, acacias et bringelles marrons. Autour de lui, la nature ne semble pas très hospitalière, les branches se font crochues, il a de plus en plus de mal à passer. Parfois, même son pied ne trouve pas le sol et c’est appuyé sur un entrelacs de racines qu’il avance, se balançant comme il peut. Se dirigeant tant bien que mal, il ne se rend pas compte qu’au-dessus de lui, les feuilles de fougères arborescentes et lianes de vigne marronne sont de plus en plus nombreuses, qu’il fait de plus en plus sombre. Très vite, le voilà dans un véritable tunnel végétal. Ti Jean s’arrête un instant : le soleil n’entre plus par le haut, et au sol, impossible de voir la terre. Une boule se forme dans son ventre, mais Ti Jean est un petit garçon intrépide et surtout son amour pour sa mamie l’encourage à continuer !
Ti Jean continue à s’enfoncer dans cet infernale grotte verte et brune. Son cœur bat à tout rompre, mais il tient bon. Aux branches et aux feuilles commence à se mêler de drôles de lianes vertes, il n’en a jamais vu de telles. Voilà deux heures qu’il marche. Maintenant autour de lui, les lianes vertes croisées, presque comme tressées forment un tube géant. Ces drôles de liane, à la couleur très vive sont souples et pourtant très solides. Elles portent des feuilles, douces et crénelées. Elles se terminent en tortillons verts. Ti Jean s’arrête un instant pour regarder autour de lui. La lumière du soleil perce à nouveau timidement et il lui semble percevoir le bruit de l’eau. La ravine ! Elle est là à quelques mètres. Revivifié par cette idée, Ti Jean s’empresse de la rejoindre.
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