Le blog, Nos écrits pour la jeunesse

Le petit Îlet (2/4), un conte écrit illustré par Mélissa Cadarsi

Sans plus de discussions, Ti Jean prépare son bertel avec les quelques provisions restantes : une patate douce bouillie, deux tomates arbustes et le couteau grand lame que son papa lui a offert pour ses dix ans, avec lequel il espère cueillir de beaux fruits et légumes. Et il s’en va, souriant à mémé pour la rassurer.

Au fond de lui pourtant, Ti Jean sait qu’il n’aura pas de mal à descendre dans la ravine, non, ce qui lui fait peur c’est de savoir ce qu’il y a là, tout au fond, tapi dans l’ombre…

Ti Jean, son bertel sur les épaules entame la descente vers le fond de la ravine. Il se fraye un chemin entre grévilléas, acacias et bringelles marrons. Autour de lui, la nature ne semble pas très hospitalière, les branches se font crochues, il a de plus en plus de mal à passer. Parfois, même son pied ne trouve pas le sol et c’est appuyé sur un entrelacs de racines qu’il avance, se balançant comme il peut. Se dirigeant tant bien que mal, il ne se rend pas compte qu’au-dessus de lui, les feuilles de fougères arborescentes et lianes de vigne marronne  sont de plus en plus nombreuses, qu’il fait de plus en plus sombre. Très vite, le voilà dans un véritable tunnel végétal. Ti Jean s’arrête un instant : le soleil n’entre plus par le haut, et au sol, impossible de voir la terre. Une boule se forme dans son ventre, mais Ti Jean est un petit garçon intrépide et surtout son amour pour sa mamie l’encourage à continuer !

Ti Jean continue à s’enfoncer dans cet infernale grotte verte et brune. Son cœur bat à tout rompre, mais il tient bon. Aux branches et aux feuilles commence à se mêler de drôles de lianes vertes, il n’en a jamais vu de telles. Voilà deux heures qu’il marche. Maintenant autour de lui, les lianes vertes croisées, presque comme tressées forment un tube géant. Ces drôles de liane, à la couleur très vive sont souples et pourtant très solides. Elles portent des feuilles, douces et crénelées. Elles se terminent en tortillons verts. Ti Jean s’arrête un instant pour regarder autour de lui. La lumière du soleil perce à nouveau timidement et il lui semble percevoir le bruit de l’eau. La ravine ! Elle est là à quelques mètres. Revivifié par cette idée, Ti Jean s’empresse de la rejoindre.

🔌Restez connecté pour découvrir dans quelques mois la proposition de cycle d’écriture qui vous permettra d’inventer des histoires pour communiquer vos propres passions et valeurs.

⏪Relire la première partie : https://fetm-ecriturecreative.fr/2023/01/11/le-petit-ilet-2-4-un-conte-ecrit-illustre-par-melissa-cadarsi/

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Le petit Îlet (1/4), un conte écrit illustré par Mélissa Cadarsi

Ti Jean vit sur une toute petite île. Il habite une toute petite case sur un tout petit îlet. Il vit avec sa toute petite mémé.

Ses parents vivent au bord’mer pour gagner un ti quat’sous. Ils travaillent tout le temps alors, ils ont préféré laisser Ti Jean chez sa mémé. Elle a le temps de s’occuper de lui. Et puis, elle est contente mémé, avec Ti Jean, elle ne s’ennuie jamais, elle n’a pas besoin de regarder les années passer.

Ils ont leurs petites habitudes. Du lundi au vendredi, ils s’occupent l’un de l’autre et le samedi, les parents de Ti Jean arrivent avec des provisions de la ville : de la viande, du riz, des gâteaux pour Ti Jean. Toute la semaine, ils n’ont pas à s’en faire car ils n’ont jamais manqué au rendez-vous du samedi matin. 

Un jour de février, un mardi, un grand cyclone s’abat sur l’île. Ti Jean et mémé ne sont pas inquiets. Ce n’est pas la première fois qu’il y a un cyclone. Tranquillement, ils attendent la fin de la semaine. Mercredi passe, le vent souffle et souffle. Jeudi arrive, la pluie tombe, l’eau commence à raviner sur les chemins. Vendredi est là, et le soleil aussi.

Samedi matin, Ti Jean et sa mémé se tiennent sur le perron de la case. Ils sont impatients car les provisions de la semaine sont bientôt épuisées et Ti Jean a hâte de voir sa maman. Midi sonne et personne n’arrive au bout de l’allée de la case. Ti Jean regarde mémé, elle aussi commence à se poser des questions. Alors, courageux, il lui dit :

« Mémé, je vais aller voir au bout de l’allée ! »

Et il s’avance, suit la petite allée de terre qui passe entre les rosiers de mémé, ses poinsettias fleuris et ses fougères arborescentes. Avec la pluie, le jardin est magnifique.

Au bout de l’allée, Ti Jean voit le sentier qui serpente pour arriver en haut du tout petit îlet. Mais sur le sentier, il n’y a personne.🍃

Il se retourne et voit mémé, à cette distance, elle semble encore plus petite. Il met ses mains autour de sa bouche en porte-voix

« Mémé, je vais aller voir au bout du sentier ! »

Mémé hoche la tête et attend.

Ti Jean continue, il marche avec prudence car l’eau qui a raviné a creusé dans le sentier. A certains endroits, il y a même encore de la boue. La forêt semble aussi s’être resserrée autour du sentier, comme pour le cacher.

Arrivée au troisième virage, Ti Jean s’aperçoit de la catastrophe : au lieu de l’habituelle pente qui permettait de rejoindre le chemin principal plus large, un fossé s’est creusé. La terre s’est éboulée, et il n’y a plus moyen de passer.

Très vite, Ti Jean remonte le sentier, remonte l’allée et raconte effrayé à sa grand-mère ce qu’il a vu :

« – Mémé, Mémé, commen nou ssa fait… ? Dans l’affolement, ses leçons de français sont oubliées !

– La route est certainement cassée aussi … Il va falloir nous débrouiller. » dit mémé. Elle est un peu inquiète mais ne veut pas affoler son petit-fils.

Heureusement, mémé est maligne et avec les restes, elle arrive à tenir encore deux jours, en accommodant soso maïs, restes de viande, quelques racines et des œufs. Mais voilà, deux jours sont vite passés.

Le mardi, Ti Jean, retourne au bout de l’allée, au bout de sentier, et ne voit toujours rien venir ! Pas de voiture, et toujours ce fossé qui les coupe du monde des bas.

Ti Jean, de ses courtes jambes bondit de galet en galet pour remonter le sentier, court dans l’allée…

« Mémé, Mémé, commen nou ssa fait… ? » Et cette fois, mémé ne parvient pas à prendre sa mine rassurante. Sur son petit visage ridé, Ti Jean lit l’inquiétude. Courageux le petit garçon se dit qu’il lui faut aider sa mémé. Trouver un moyen pour rejoindre les bas…

« – Je vais descendre, me laisser glisser le long du fossé et voir comment récupérer le chemin.

Mon z’enfant, ou va fé mal à ou. »

Mémé dit ces mots de précaution mais sait bien qu’il faudra agir. Alors, elle pose sa vieille main flétrie sur l’épaule du petit garçon et lui dit : « Allons essayer de trouver à manger dans la ravine, en descendant de l’autre côté. La route sera vite réparée ! »

Ti Jean regarde mémé, un de ses sourcils se lève. Mémé, petite et frêle sur le pas de la porte de la case a du mal à se tenir debout sans s’appuyer au chambranle de la porte. Quand elle doit aller jusqu’au bout de l’allée, elle prend un bois de goyavier pour marcher plus facilement. Et tout d’un coup, la voilà qui voudrait descendre dans la ravine par derrière la case. Pour descendre à cet endroit, il faut un corps leste, un corps souple, de la force et de la rapidité. Il faut pouvoir passer sous les branches, poser ses pieds sur les roches en équilibre précaire, retenir par les bras ces arbustes qui de partout vous assaillent. Pour pouvoir faire cela, il faut être taillé comme Ti Jean plutôt que comme mémé !

L’humeur des deux comparses n’est pas au rire et pourtant Ti Jean ne peut se retenir :

« – Ah ah ah ! Mémé, il faudra ou pass’ par-dessus moin avan d’aller cass’ out z’os fragil’ ter là-bas ! »

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Retour à Aubagne

Chère Frédérique,

Voilà dix jours que je suis arrivée à Aubagne pour ce séjour dont je t’avais tant parlé… Une quinzaine dans une boulangerie de la ville du petit Marcel.

Rien ne passe comme prévu. Ici, pas de félin à quatre pattes (ni Pomponette, ni aucune autre) qui recevrait mes caresses pendant que les effluves doux de la pâtisserie chatouillerait les narines au milieu de l’après-midi !

On se lève à quatre heures du matin. Enfin, moi, car le boulanger, lui, a déjà mis le levain à travailler. La matinée passe, entre pétrissage, vaisselle et balayage. La farine s’insinue partout, tout le temps. J’ai l’impression de devenir folle à en faire de petits tas à aspirer. Et à en respirer en continu. Je commence à me demander si j’aimerais encore le pain.

Quant à la femme du boulanger, je serais plutôt contente qu’elle fiche le camp avec un colporteur tant sa voix aigrelette me tape sur les nerfs.

Seule satisfaction de ce séjour, le petit bout de garrigue qui me fait signe quand je me mets sur la pointe des pied pour voir le paysage depuis le velux de ma petite chambre. Et si je tends bien l’oreille, les cigales de Lili chantonnent pour moi

Bien à toi, Mélissa

Mélissa a écrit ce texte pendant le deuxième atelier de son cycle « Les 5 sens, sens dessus-dessous », animé en présentiel dans une médiathèque à La Réunion, pour répondre à la proposition d’écrire une carte postale sensorielle.

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Le galet

Le soleil rasait la mer calme. Assis sur la dune, l’homme regardait les éclats de lumière qui tanguaient doucement.

Le temps se rafraichissait peu à peu, mais il ne devait pas tarder trouver un abri. Il marchait depuis l’aube. Son outre d’eau était à moitié vide. L’étendue salée devant lui, tordait son ventre d’envie. Sa bouche était sèche mais il ne pouvait se permettre de boire encore. Quelques jours plus tôt, il avait terminé son eau avant d’en avoir trouvé de nouveau. Il avait souffert une journée sans boire. Une journée sans même voir un arbre, un brin d’herbe. Et bien sûr, pas un ruisseau, ni une mare. Même les bêtes s’étaient faites rares.

Alors que les derniers rayons dressaient leurs lignes claires, il se leva et marcha. Il était à découvert et n’avait peur ni des loups ni des autres hommes, il pouvait les voir venir à des kilomètres. Sous ses pieds, au travers de ses vieilles semelles, même les grains de sable lui étaient pénibles, frottant la plante rendue sensible par des mois de course. Les pierres pénétraient presque sa chair. Quand il prenait le temps de se laver, il voyait cette peau racornie, bleue par endroits et blessée. Il y avait si longtemps… qu’il n’avait pas vu d’autre pied, d’autre homme, d’autre femme. Il se souvenait à peine de ce qu’était une peau saine, une peau douce, une peau amoureuse. Il savait juste ce qu’était la survie.

Il était à bout de force, sur le point de se coucher à même le sol, même sans abri quand son pied heurta un galet. Un galet de la taille de sa main. Il le saisit. Il était lisse et froid. Et lourd. Il s’aperçut, à la clarté de la lune que sur la surface blanche étaient écrits quelques mots d’une écriture maladroite, peinte. Il savait encore lire, même s’il n’était pas sûr de pouvoir encore parler. En les déchiffrant, son cœur se brisa, ramenant des souvenirs trop vifs et l’homme tomba, mort de chagrin.

pluie intermittente
dans le hamac abandonné
une odeur de pin

Angèle Lux

Mélissa a écrit ce texte pendant le troisième atelier de son cycle « Les 5 sens, sens dessus-dessous ». La proposition invitait à imaginer comment un personnage trouvait un galet sur lequel était inscrit le haïku cité à la fin du texte. Ce haïku est extrait d’une sélection sur le site de l’association française du haïku à retrouver en cliquant ici .

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Roupette et chapeaux

Cher Jean-Eudes,

Si tu trouves cette lettre, c’est que le notaire t’a trouvé. Je n’ai pas eu envie de la lui confier. Il s’occupe déjà de toute ma vie, de ma maigre fortune à prix d’or, alors cette lettre-là… ni timbre postal, ni taxe fiscale, tu la trouves ou elle ne sera jamais lue.

Je ne sais pas trop ce qui m’a emporté. Si c’est ma chute, une infection quelconque ou l’ennui mortel à la maison de vieux où on m’a mis ensuite. J’ai préféré régler toutes mes affaires avant. Quand je suis tombé ce jour-là… les pompiers étaient en route, je me suis douté que je ne reviendrai plus.

J’espère que tu as pensé trouver une lettre d’amour en voyant le cœur rouge. Comme tu te doutes, on en est loin ! J’avais le choix entre te léguer mes petites affaires et cette maison qui tombe en miettes ou la filer à l’Etat ou je ne sais quelle bonne œuvre qui s’en met plein les poches. Alors, j’ai choisi, et j’ai pensé au paquet d’emmerdes que je te laisserai avec. Et je me suis dit : ça lui fera les pieds à ce petit malotru ! Ah, tu faisais le malin quand t’étais petit, à mettre du Ching-gum dans mes chaussures… Ben voilà… T’es coincé avec mon home sweet home de traviole les escaliers qui grincent et mon mobilier vintage ! Tu trouveras au rez-de chaussé une superbe table branlante au plateau mangé par les mites. Quatre chaises aux sièges bien rêches. Un vieux fauteuil garni avec mes pets et d’autres petites merveilles dont même Emmaüs refusera de te débarrasser.

Quant à l’étage… dis-toi bien que l’émission « C’est du propre » a refusé ma candidature… alors, t’as qu’à y aller pour voir ! Et t’avise pas de tout faire cramer pour toucher l’assurance. J’ai laissé deux ou trois bonbonnes de gaz ici et là. Si tu allumes la moindre roupette c’est le village qui saute !

Bien à toi mon Jean-Eude, salue pas ta mère… On sait tous qu’elle a fait mon fiston cocu autant que la reine d’Angleterre a de chapeaux !

Pépé

Mélissa a écrit cette lettre en réponse à une proposition d’écriture de Frédérique lors de son atelier « Explorer », en août 2022. Dans la proposition, une image montrait une enveloppe (avec un cœur donc) abandonnée dans l’entrée d’une maison ouverte au pied d’un escalier…

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Couleur menthe verveine

La bouilloire chantait. Pendant un court instant, elle ne parvint pas à se lever. Son regard, son esprit tout entier était absorbé par le vol d’oiseaux migrateurs sur l’horizon qu’elle distinguait depuis la varangue malgré le jour finissant. Ses bagages étaient prêts, posés sur la première marche descendant vers l’allée. Le chauffeur était attendu pour dix-huit heures. Elle ne s’inquiétait pas. Même s’il était en retard, elle ne manquerait pas le bateau prévu seulement le surlendemain. Elle pourrait le jour suivant faire quelques derniers achats à la ville pour les cadeaux à offrir à ses hôtes. Elle s’amusait de ce choix cornélien : comment choisir un présent quand ceux à qui vous l’offrez ont tout ?

Sur la table basse en teck, dans un plateau de bambou, le service patientait. La bouilloire continuait son chuintement. Elle se leva enfin pour prendre dans la cuisine lle vieil ustensile avec un torchon de toile blanche. Précautionneusement, elle versa l’eau brûlante dans la théière, sur les feuilles de menthe et de verveine qu’elle avait cueillies l’après-midi. Elle en avait disposé dans ses valises également, entre les couches de vêtement, espérant capturer le parfum enivrant des jardins où elle avait été si heureuse.

Les feuilles tournoyaient, comme en pleine tempête dans la délicate porcelaine céladon. Elle observa cette danse et sourit repensant à cette anecdote que lui avait racontée son père sur le nom donné à l’apprêt de ce service à thé. L’air outré de sa mère lui revenait aussi. Elle était choquée que son mari puisse évoquer devant une si jeune fille des histoires d’amants trop énamourés, parfois qualifiés, comme la porcelaine ou sa couleur de « céladon ». Il lui avait rétorqué : « Ne vous rappelez-vous pas qu’à son âge, vous appréciez déjà bien mon caractère énamouré ? » Elle avait rougi. Et tous avaient éclaté de rire.

Les images de ce temps disparu s’évanouissaient tandis que les volutes poivrés de la menthe et doux de la verveine s’enfuyaient dans les alizées du soir par-delà de la varangue vers le jardin. La jeune femme se servit une tasse, s’assit, et de nouveau les yeux vers l’horizon pensa à ce Nouveau Monde qu’elle s’apprêtait à gagner, au terme de son voyage en bateau.

Retrouvez ce texte, lu par Mélissa en vidéo sur notre page Facebook : cliquez ici !

Un texte écrit par Mélissa pendant la première édition de l’atelier « Mots infusés », animé par Frédérique. Retrouvez notre programmation d’ateliers en ligne sur notre page « Nos ateliers« .

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Finies, les vacances ?

blue city bike with black backpack on top

Ma petite mamie,

Les vacances sont bientôt terminées. Heureusement, car il n’y a plus de cerises sur les arbres et à cause de la pluie, M. Oulanbator ne veut plus sortir avec moi dans les champs. Et puis, je dois t’écrire mamie, que c’est beaucoup moins drôle depuis que tonton Bernard n’a plus son petit vélo dans la tête. Ne va pas croire mamie qu’il est tombé tout seul. A vrai dire, bien au contraire. Il avait beau la secouer d’avant en arrière, de droite à gauche, non il ne tombait pas.

Alors, avec M. Oulanbator, on a conçu un plan. J’ai dessiné des schémas et lui a dirigé les opérations. Pour te résumer, parce que c’est un peu compliqué pour toi mamie, il faut : un tournevis, deux dés à coudre de la même grosseur, et six cailloux du fond de la rivière mais surtout, surtout, une boîte vide de Quality Street.

Avec quelques manipulations d’ingénieur astronomique, tu poses le tout près de l’oreiller la nuit et le lendemain matin… Tonton Bernard s’est réveillé tout différent.

Il était tout calme et je voyais bien que ça faisait plaisir à maman. Elle a même appelé le docteur pour lui dire que ça avait fonctionné !

Mais mamie, finalement, j’aimais mieux quand tonton Bernard, il avait son petit vélo dans la tête. Il pouvait regarder le Tour de France sans le son avec le sourire, et même rire en essuyant les gouttes de pluie sur la vitre, ou en coiffant sa grosse tête chauve avec la brosse en poils de sanglier de maman. Alors que maintenant, il passe la journée assis, le pot de caramel au beurre salé sur l’accoudoir du fauteuil, et il ne trempe même pas son doigt dedans.

J’espère, mamie, que de ton côté tu continues à pédaler…

Gros bisous, Jo

Texte écrit par Mélissa Cadarsi en 2021 lors d’un atelier d’écriture autour d’un rare pot entre amis, semé d’insoupçonnables exploits.

Mélissa Cadarsi a eu envie de partager avec vous cette petite parenthèse pour la rentrée. Elle prend le stylo de plus en plus rarement mais heureusement, Frédérique Guillaumat est là pour garder la maison (la papeterie ?)…

En 2020, elles ont fondé, F et M, écriture créative afin de proposer une offre d’ateliers en ligne. Si vous avez envie de la retrouver, elle animera le prochain atelier en septembre 2021. Pour découvrir l’offre d’ateliers d’écriture en ligne de F et M, écriture créative, cliquer ici.

*photo libre de droits : @unsplash

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A… comme Arbre

Les arbres s’élancent à l’assaut du ciel. Bravant béton et sécheresse, ils plantent leur racines puissantes profondément dans le sol jusqu’à accrocher le basalte. Gris sur brun, à les regarder, on les croirait faits du même sang. Au sol, les rares herbes se débattent pour trouver de l’eau. Un paysage désolé et soudain troublé. Du ciel lourd, de larges gouttes tombent. Espacées les unes des autres, elles descendent dans une verticalité parfaite pour venir s’étaler sur le sol, sur la pierre, sur le bois. Des taches apparaissent et finissent par se confondre. Un temps, les matières absorbent la pluie. Assoiffées, elles semblent se gorger sans fin. Quand l’averse s’arrête le ciel redevient clair en quelques minutes seulement. Un soleil de plomb vient heurter le paysage. Tout étincelle de reflets, de lumière. Le jour pourtant est sur le point de tomber. Mais il semble comme suspendu à un fil, attendant un signal pour décliner.

Le chien est trempé. Ses poils collés à sa peau le font plus maigre qu’il ne l’est déjà. Il secoue son corps pour se sécher puis va se désaltérer à la flaque d’eau là-bas, seul souvenir de l’averse. Au village, où il s’est parfois risqué, on le dit « errant » ou « pelé »… On le chasse à coups de pierres et de bâton. Peu lui importe, il se sait le gardien de ce lieu désolé et aime cette solitude faite de béton et de sécheresse. Il joue un moment avec les derniers reflets du soleil sur le mur puis s’assoit là, à l’ombre de cet arbre, et attend la fin du jour.

Texte écrit, à quatre mains, lors d’un atelier d’écriture en octobre 2014 par Frédérique et Mélissa, heureuses co-fondatrices de F et M, écriture créative. En s’inspirant d’une photo* prise sur le site du Lazaret, à la Grande Chaloupe, à La Réunion, Mélissa a planté le décor et l’atmosphère avant que Frédérique ne mette en scène le chien.

*photo : Frédérique Guillaumat.