Chère Frédérique,
Voilà dix jours que je suis arrivée à Aubagne pour ce séjour dont je t’avais tant parlé… Une quinzaine dans une boulangerie de la ville du petit Marcel.
Rien ne passe comme prévu. Ici, pas de félin à quatre pattes (ni Pomponette, ni aucune autre) qui recevrait mes caresses pendant que les effluves doux de la pâtisserie chatouillerait les narines au milieu de l’après-midi !

On se lève à quatre heures du matin. Enfin, moi, car le boulanger, lui, a déjà mis le levain à travailler. La matinée passe, entre pétrissage, vaisselle et balayage. La farine s’insinue partout, tout le temps. J’ai l’impression de devenir folle à en faire de petits tas à aspirer. Et à en respirer en continu. Je commence à me demander si j’aimerais encore le pain.
Quant à la femme du boulanger, je serais plutôt contente qu’elle fiche le camp avec un colporteur tant sa voix aigrelette me tape sur les nerfs.
Seule satisfaction de ce séjour, le petit bout de garrigue qui me fait signe quand je me mets sur la pointe des pied pour voir le paysage depuis le velux de ma petite chambre. Et si je tends bien l’oreille, les cigales de Lili chantonnent pour moi
Bien à toi, Mélissa
Mélissa a écrit ce texte pendant le deuxième atelier de son cycle « Les 5 sens, sens dessus-dessous », animé en présentiel dans une médiathèque à La Réunion, pour répondre à la proposition d’écrire une carte postale sensorielle.