Le blog, Nos écrits

Retour à Aubagne

Chère Frédérique,

Voilà dix jours que je suis arrivée à Aubagne pour ce séjour dont je t’avais tant parlé… Une quinzaine dans une boulangerie de la ville du petit Marcel.

Rien ne passe comme prévu. Ici, pas de félin à quatre pattes (ni Pomponette, ni aucune autre) qui recevrait mes caresses pendant que les effluves doux de la pâtisserie chatouillerait les narines au milieu de l’après-midi !

On se lève à quatre heures du matin. Enfin, moi, car le boulanger, lui, a déjà mis le levain à travailler. La matinée passe, entre pétrissage, vaisselle et balayage. La farine s’insinue partout, tout le temps. J’ai l’impression de devenir folle à en faire de petits tas à aspirer. Et à en respirer en continu. Je commence à me demander si j’aimerais encore le pain.

Quant à la femme du boulanger, je serais plutôt contente qu’elle fiche le camp avec un colporteur tant sa voix aigrelette me tape sur les nerfs.

Seule satisfaction de ce séjour, le petit bout de garrigue qui me fait signe quand je me mets sur la pointe des pied pour voir le paysage depuis le velux de ma petite chambre. Et si je tends bien l’oreille, les cigales de Lili chantonnent pour moi

Bien à toi, Mélissa

Mélissa a écrit ce texte pendant le deuxième atelier de son cycle « Les 5 sens, sens dessus-dessous », animé en présentiel dans une médiathèque à La Réunion, pour répondre à la proposition d’écrire une carte postale sensorielle.

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Le galet

Le soleil rasait la mer calme. Assis sur la dune, l’homme regardait les éclats de lumière qui tanguaient doucement.

Le temps se rafraichissait peu à peu, mais il ne devait pas tarder trouver un abri. Il marchait depuis l’aube. Son outre d’eau était à moitié vide. L’étendue salée devant lui, tordait son ventre d’envie. Sa bouche était sèche mais il ne pouvait se permettre de boire encore. Quelques jours plus tôt, il avait terminé son eau avant d’en avoir trouvé de nouveau. Il avait souffert une journée sans boire. Une journée sans même voir un arbre, un brin d’herbe. Et bien sûr, pas un ruisseau, ni une mare. Même les bêtes s’étaient faites rares.

Alors que les derniers rayons dressaient leurs lignes claires, il se leva et marcha. Il était à découvert et n’avait peur ni des loups ni des autres hommes, il pouvait les voir venir à des kilomètres. Sous ses pieds, au travers de ses vieilles semelles, même les grains de sable lui étaient pénibles, frottant la plante rendue sensible par des mois de course. Les pierres pénétraient presque sa chair. Quand il prenait le temps de se laver, il voyait cette peau racornie, bleue par endroits et blessée. Il y avait si longtemps… qu’il n’avait pas vu d’autre pied, d’autre homme, d’autre femme. Il se souvenait à peine de ce qu’était une peau saine, une peau douce, une peau amoureuse. Il savait juste ce qu’était la survie.

Il était à bout de force, sur le point de se coucher à même le sol, même sans abri quand son pied heurta un galet. Un galet de la taille de sa main. Il le saisit. Il était lisse et froid. Et lourd. Il s’aperçut, à la clarté de la lune que sur la surface blanche étaient écrits quelques mots d’une écriture maladroite, peinte. Il savait encore lire, même s’il n’était pas sûr de pouvoir encore parler. En les déchiffrant, son cœur se brisa, ramenant des souvenirs trop vifs et l’homme tomba, mort de chagrin.

pluie intermittente
dans le hamac abandonné
une odeur de pin

Angèle Lux

Mélissa a écrit ce texte pendant le troisième atelier de son cycle « Les 5 sens, sens dessus-dessous ». La proposition invitait à imaginer comment un personnage trouvait un galet sur lequel était inscrit le haïku cité à la fin du texte. Ce haïku est extrait d’une sélection sur le site de l’association française du haïku à retrouver en cliquant ici .