Le blog, Nos écrits

Roupette et chapeaux

Cher Jean-Eudes,

Si tu trouves cette lettre, c’est que le notaire t’a trouvé. Je n’ai pas eu envie de la lui confier. Il s’occupe déjà de toute ma vie, de ma maigre fortune à prix d’or, alors cette lettre-là… ni timbre postal, ni taxe fiscale, tu la trouves ou elle ne sera jamais lue.

Je ne sais pas trop ce qui m’a emporté. Si c’est ma chute, une infection quelconque ou l’ennui mortel à la maison de vieux où on m’a mis ensuite. J’ai préféré régler toutes mes affaires avant. Quand je suis tombé ce jour-là… les pompiers étaient en route, je me suis douté que je ne reviendrai plus.

J’espère que tu as pensé trouver une lettre d’amour en voyant le cœur rouge. Comme tu te doutes, on en est loin ! J’avais le choix entre te léguer mes petites affaires et cette maison qui tombe en miettes ou la filer à l’Etat ou je ne sais quelle bonne œuvre qui s’en met plein les poches. Alors, j’ai choisi, et j’ai pensé au paquet d’emmerdes que je te laisserai avec. Et je me suis dit : ça lui fera les pieds à ce petit malotru ! Ah, tu faisais le malin quand t’étais petit, à mettre du Ching-gum dans mes chaussures… Ben voilà… T’es coincé avec mon home sweet home de traviole les escaliers qui grincent et mon mobilier vintage ! Tu trouveras au rez-de chaussé une superbe table branlante au plateau mangé par les mites. Quatre chaises aux sièges bien rêches. Un vieux fauteuil garni avec mes pets et d’autres petites merveilles dont même Emmaüs refusera de te débarrasser.

Quant à l’étage… dis-toi bien que l’émission « C’est du propre » a refusé ma candidature… alors, t’as qu’à y aller pour voir ! Et t’avise pas de tout faire cramer pour toucher l’assurance. J’ai laissé deux ou trois bonbonnes de gaz ici et là. Si tu allumes la moindre roupette c’est le village qui saute !

Bien à toi mon Jean-Eude, salue pas ta mère… On sait tous qu’elle a fait mon fiston cocu autant que la reine d’Angleterre a de chapeaux !

Pépé

Mélissa a écrit cette lettre en réponse à une proposition d’écriture de Frédérique lors de son atelier « Explorer », en août 2022. Dans la proposition, une image montrait une enveloppe (avec un cœur donc) abandonnée dans l’entrée d’une maison ouverte au pied d’un escalier…

Le blog, Nos écrits

Couleur menthe verveine

La bouilloire chantait. Pendant un court instant, elle ne parvint pas à se lever. Son regard, son esprit tout entier était absorbé par le vol d’oiseaux migrateurs sur l’horizon qu’elle distinguait depuis la varangue malgré le jour finissant. Ses bagages étaient prêts, posés sur la première marche descendant vers l’allée. Le chauffeur était attendu pour dix-huit heures. Elle ne s’inquiétait pas. Même s’il était en retard, elle ne manquerait pas le bateau prévu seulement le surlendemain. Elle pourrait le jour suivant faire quelques derniers achats à la ville pour les cadeaux à offrir à ses hôtes. Elle s’amusait de ce choix cornélien : comment choisir un présent quand ceux à qui vous l’offrez ont tout ?

Sur la table basse en teck, dans un plateau de bambou, le service patientait. La bouilloire continuait son chuintement. Elle se leva enfin pour prendre dans la cuisine lle vieil ustensile avec un torchon de toile blanche. Précautionneusement, elle versa l’eau brûlante dans la théière, sur les feuilles de menthe et de verveine qu’elle avait cueillies l’après-midi. Elle en avait disposé dans ses valises également, entre les couches de vêtement, espérant capturer le parfum enivrant des jardins où elle avait été si heureuse.

Les feuilles tournoyaient, comme en pleine tempête dans la délicate porcelaine céladon. Elle observa cette danse et sourit repensant à cette anecdote que lui avait racontée son père sur le nom donné à l’apprêt de ce service à thé. L’air outré de sa mère lui revenait aussi. Elle était choquée que son mari puisse évoquer devant une si jeune fille des histoires d’amants trop énamourés, parfois qualifiés, comme la porcelaine ou sa couleur de « céladon ». Il lui avait rétorqué : « Ne vous rappelez-vous pas qu’à son âge, vous appréciez déjà bien mon caractère énamouré ? » Elle avait rougi. Et tous avaient éclaté de rire.

Les images de ce temps disparu s’évanouissaient tandis que les volutes poivrés de la menthe et doux de la verveine s’enfuyaient dans les alizées du soir par-delà de la varangue vers le jardin. La jeune femme se servit une tasse, s’assit, et de nouveau les yeux vers l’horizon pensa à ce Nouveau Monde qu’elle s’apprêtait à gagner, au terme de son voyage en bateau.

Retrouvez ce texte, lu par Mélissa en vidéo sur notre page Facebook : cliquez ici !

Un texte écrit par Mélissa pendant la première édition de l’atelier « Mots infusés », animé par Frédérique. Retrouvez notre programmation d’ateliers en ligne sur notre page « Nos ateliers« .

Le blog, Nos écrits

Finies, les vacances ?

blue city bike with black backpack on top

Ma petite mamie,

Les vacances sont bientôt terminées. Heureusement, car il n’y a plus de cerises sur les arbres et à cause de la pluie, M. Oulanbator ne veut plus sortir avec moi dans les champs. Et puis, je dois t’écrire mamie, que c’est beaucoup moins drôle depuis que tonton Bernard n’a plus son petit vélo dans la tête. Ne va pas croire mamie qu’il est tombé tout seul. A vrai dire, bien au contraire. Il avait beau la secouer d’avant en arrière, de droite à gauche, non il ne tombait pas.

Alors, avec M. Oulanbator, on a conçu un plan. J’ai dessiné des schémas et lui a dirigé les opérations. Pour te résumer, parce que c’est un peu compliqué pour toi mamie, il faut : un tournevis, deux dés à coudre de la même grosseur, et six cailloux du fond de la rivière mais surtout, surtout, une boîte vide de Quality Street.

Avec quelques manipulations d’ingénieur astronomique, tu poses le tout près de l’oreiller la nuit et le lendemain matin… Tonton Bernard s’est réveillé tout différent.

Il était tout calme et je voyais bien que ça faisait plaisir à maman. Elle a même appelé le docteur pour lui dire que ça avait fonctionné !

Mais mamie, finalement, j’aimais mieux quand tonton Bernard, il avait son petit vélo dans la tête. Il pouvait regarder le Tour de France sans le son avec le sourire, et même rire en essuyant les gouttes de pluie sur la vitre, ou en coiffant sa grosse tête chauve avec la brosse en poils de sanglier de maman. Alors que maintenant, il passe la journée assis, le pot de caramel au beurre salé sur l’accoudoir du fauteuil, et il ne trempe même pas son doigt dedans.

J’espère, mamie, que de ton côté tu continues à pédaler…

Gros bisous, Jo

Texte écrit par Mélissa Cadarsi en 2021 lors d’un atelier d’écriture autour d’un rare pot entre amis, semé d’insoupçonnables exploits.

Mélissa Cadarsi a eu envie de partager avec vous cette petite parenthèse pour la rentrée. Elle prend le stylo de plus en plus rarement mais heureusement, Frédérique Guillaumat est là pour garder la maison (la papeterie ?)…

En 2020, elles ont fondé, F et M, écriture créative afin de proposer une offre d’ateliers en ligne. Si vous avez envie de la retrouver, elle animera le prochain atelier en septembre 2021. Pour découvrir l’offre d’ateliers d’écriture en ligne de F et M, écriture créative, cliquer ici.

*photo libre de droits : @unsplash

Le blog, Nos écrits pour la jeunesse

‘Capucine, grenouille rêveuse’, un écrit de Mélissa Cadarsi

Chut …! Chut, écoutez attentivement l’histoire de Capucine, l’histoire d’une grenouille pas comme les autres, une grenouille rêveuse !

Cela se passe au Bassin bleu. Connaissez-vous ce lieu ? Là-bas, un bassin profond à quelques mètres de la mer reflète le ciel. Au bord du bassin, il y a une minuscule grenouille. Un minuscule grenouille appelée Capucine. Elle est là, posée sur un galet et elle regarde l’eau. L’eau est lisse et noire. Sur l’eau, il y a quelques feuilles qui dansent, faisant un petit clapotement « klapok, klapok ! » et des lentilles d’eau qui font comme de petits points verts. Capucine est une toute jeune grenouille. Il y a à peine quelques jours que son petit corps a changé. Quatre petites pattes sont sorties de son ventre et elle a quitté son corps de têtard pour devenir une grenouille. Mais Capucine n’est pas une grenouille comme les autres…

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‘Dentelles’, un écrit de Mélissa Cadarsi

Dans l’allée centrale de la Cathédrale de Saint-Denis, Célia s’avançait vers l’autel. Un splendide plastron de dentelle laissait entrevoir sa peau diaphane. Les jours délicats de l’ouvrage soulignaient ses traits fins et son cou gracile. Souriante et fière. Rien dans son allure ne détonnait. Dans son cœur, résonnaient des R chantants.

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