
Il s’extirpe du tunnel de lianes et s’approche de l’eau courante. Mais alors, un vent violent, venu de nulle part le jette à terre. Les feuilles mortes se soulèvent et un énorme bruit de chaînes de métal emplit l’air.
« Kissa y vien vol’ mon l’eau ? »
Ti Jean n’en croit pas ses yeux. Une vieille très vieille femme décrépie se tient devant lui. Sa peau est sèche comme la terre quand il n’a pas plu depuis une semaine. Ses cheveux emmêlés comme de la paille de maïs. Ses doigts longs et crochus ressemblent à des vieilles margozes amères. Et une odeur, une odeur pestilentielle l’entoure. A ses pieds, elle traîne des chaînes, de longues chaînes qui semblent bien lourdes.
Ti Jean a beau être courageux, un frisson parcourt son dos. Il frémit, il a peur.
La vieille femme ricane méchamment.
« A ou la… Kossa ou po roder ? »
Ti Jean n’ose pas répondre, il a peur de répondre à la vieille femme. Celle-ci le regarde, lui tourne autour, attend une réponse. Alors, Ti Jean, prenant son courage à deux mains :
« Mi rode un zaffer pour manger pour mon mémé et moin. »
La vieille femme ricane de plus belle :
« Et c’est dans l’trou bébète de Grand Mère Kal que tu es venu ! Tu es fou ! »
Et voilà, Ti Jean, s’en doutait un peu, mais cette fois c’est sûr ! Cette vieille femme est Grand mère Kal, l’horriblement célèbre Grand Mère Kal. Il est perdu…
Alors qu’il se demande comment en sortir, la vieille sorcière s’écarte et se dirige vers son énorme chaudron qui bouillonne un peu plus loin sur un beau feu de bois. Ti Jean voit sa dernière heure arriver, il tremble de tous ses membres.
Grand Mère Kal tourne une grande cuillère en bois à sa bouche et semble se régaler. Apparemment, son chaudron est déjà plein de bonnes choses. Mais Ti Jean se tient sur ses gardes, prêt à tout moment à se retourner et à faire-demi tour. Il se voit déjà grimper le long des lianes, s’accrochant de ses bras secs mais forts. Il rentrera les mains vides, mais vivant !
Alors Grand Mère Kal se tourne vers lui :
« Maintenant que tu es là avec moi. Partageons ce repas. Il est bien modeste mais je ne me nourris que de cela depuis des années et je suis encore là… et bien là ! »
Ti Jean n’en croit pas ses oreilles. Elle n’a apparemment aucune intention de le cuisiner, ni de le manger, et même la voilà qui lui propose de partager son dîner. Elle est loin de se comporter comme la Grand Mère Kal de ses cauchemars.
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