
Ses journées au travail dégoulinaient de chiffres à caser méticuleusement dans un plan comptable, de comptes à vérifier. Ses journées de travail dégoulinaient de monotonie.
Ses soirées avaient, elles, l’odeur de la mélancolie.
Ses nuits étaient peuplées de rêves à faire des infidélités aux chiffres.
Chaque matin, le réveil n’en devenait que plus cruel, lorsqu’était venu le moment de ré-ouvrir les yeux sur la réalité.
Seuls les moments passés en compagnie de son cahier et de son fidèle stylo à quatre couleurs venaient rompre le rythme de sa vie.
Puis arrivaient les jours où elle partait en quête.
Rituel immuable.
Chaque premier mardi du mois : choisir l’endroit à visiter. Consulter la liste, punaiser du bleu sur la carte de France, apprendre l’adresse par cœur. En effet, il était hors de question que le cahier et les quatre couleurs l’accompagnent. Elle y avait mûrement réfléchi huit ans plus tôt et elle ne pouvait prendre le risque de les égarer. Ils restaient là à l’abri des murs et du bruit du monde.
Venaient ensuite les jours d’attente à se répéter l’adresse pour se rassurer, à imaginer le lieu, à se demander si elle trouvera enfin là… à espérer enfin utiliser le vert, couleur de l’espoir.
Elle aimait la langue française qui permettait aux jours de tomber les uns après les autres… jusqu’au troisième samedi de chaque mois.
Deuxième partie de « Violette », nouvelle écrite par Frédérique Guillaumat en 2015. La première partie est à retrouver sur ce blog et la suite sera publiée dans quelques jours.
Un grand merci à Mélissa, Géraldine et Isabelle pour leur relecture bienveillante de Violette et leurs précieux conseils.
Frédérique, animatrice d’ateliers d’écriture et co-fondatrice de F et M, écriture créative, avec Mélissa, vous invite à découvrir l’offre d’ateliers d’écriture en ligne de F et M, écriture créative, cliquer ici.
*photo libre de droits @Pixabay